18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 06:22

 

                                     I

 

Dans la ville désertée il ne reste que les miséreux,

quelques hommes sans lien mais forts de ce soleil, des

voyageurs fous de voyages.

 

Les grands trains s'étirent sur les rails, chaque

compartiment est vide et on prend peur à y rester.

 

C'est la feuille qui ne sait pleurer, qui ne sait pas se

plaindre d'être prisonnière du vent qui tourne. J'ai cru

voir la vie humaine disparaître dans cette ronde.

 

C'est la route où s'en vont ceux restés le matin et qui

s'approcheront d'un air chaud et vert presque ignorants

de la déchéance.

 

Je la prendrai moi-même pour aborder des sourires et

des présences.

 

J'ai toujours eu peur qu'un lien de tristesse et de

déplaisir m'atteigne sans que je puisse me démener et

que j'en trépasse.

 

Et ces lieux ne sont tolérables que si un bras lisse et

proche s'allonge sur votre épaule et aplanit des vagues

d'épines, trapues à l'œil unique.

 

En ce jour de Toussaint, je ne prierai jamais.

 

Je voudrai être la fibre de l'autre et celle du métal.

 

Je m'explicite : chanter, tenir la plume et le pinceau,

danser et faire d'innombrables choses d'un seul geste,

inappréciable, vu de personne.

 

Voilà, je pars bientôt, la vie est simple si on sait la finir.

Je prierai. J'abandonne aux terrassiers le soin

d'agrémenter le chemin.

 

 

 

                                     II

 

 

 

J'ai reposé au pied d'un arbre

Je voudrais fendre ma vie

D'un coup de hache

Un fossé entre l'herbe et les fruits

Entre la fureur et la chute d'eau.

 

Le jour de la Toussaint se termine, c'est la nuit et les

foyers de nouveau pleins, mornes    ou brillants.

 

Serait-ce le temps d'une image moins sévère, d'un aveu

de sucreries et d'étoiles ?

 

J'ai plaisir, dans ma chambre, à regarder mes objets

endormis. Ils n'arquent pas le dos et n'ont de bruit que

mes caresses. Ils sont une nature morte, imprévue, figés

dans le murmure de cette tranquille et sage.

 

Tous les bruits sont lointains, je ne veux pas les

invoquer.

 

J'ai détourné mon esprit, ce qu'il voyait, il le voyait

trop fort, j'ai peiné d'être meurtri et sans blessures.

 

Un doigt sur des touches blanches, m'a déversé des

rubans clairs ; l'espace noir s'éteint dans la tellurique

magnificence de lentes notes scindées.

 

Il est des instants où l'on se surprend du sublime.

 

 

                                                         Jort, Novembre 1978 

 

 

 

 

Antoine Dalmont

Mes lèvres s'ouvrent encore...

La Reine Bérengère, 1981

 

 

 

 

Antoine Dalmont  

commentaires