29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 10:23

 

                    1

 

Le soleil dans les branches de ses milliers d'épées

fugitives et blondes

forme et défait sur l'ombre terrestre

des lumières diffuses :

pensée inquiète qui sait et ne sait pas

qui elle est et ce qu'elle cherche...

 

 

                     2

 

Le temps est en automne un lent fleuve

chaste et glacial, mais sans un tremblement

j'entre serein dans le bois, paysage

de floraison de fond de méandre,

immobile proprement,

et je vais à la dérive,

et je m'imprègne jusqu'à l'os de jus aigres,

content comme un liège libre et creux...

 

 

                      3

 

Lorsque arrive la nuit

le bois est de charbon au lieu de feu

 

et bouleversé il comprend

que tout le jour il a brûlé mais était aveugle.

 

 

                       4

 

Absorbé dans sa rumeur

comme en une pensée,

le bois soupire distraitement ;

 

comme une mère absorbée

qui pour d'autres tristesses

soupire... (mais qui soupire d'amour).

 

 

                        5

 

Bois, masse d'aveugle verdeur

qui ensevelit un souffle de mémoire...

 

 

 

 

 

Tomás Segovia

Cahier du nomade

Choix de poèmes 1946-1997

Traduction de Jean-Luc Lacarrière

Gallimard, 2009

SG