14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 07:18

 

...(quand tu passeras par là, trempé de méfiance,

dans la solitude, la crainte, la pénombre fuyante,

regarde par terre ! ),

dans les vieux arbres, au temps de l'orage

et lorsque partout remue un amour triste

(doucement tu toucheras les mousses,

elles vont se taire),

dans les vieux arbres le vent lit

un poème, ah très peu poème,

du fond de ta peur tu regardes les bois,

nus comme une blessure sans nul épiderme

et qui n'est que ce qui en jaillit,

qui en rouge colore le feuillage ;

dans les vieux arbres, le poème ne sera pas dit,

à jamais inachevé, le vent l'en arrache,

dans les vieux arbres, quand c'est le temps

des éclairs et la veille d'un pire, du temps sans tonnerre,

       sans pluie,

le vent arrache le poème et le jette dans les champs,

sur la femme renversée derrière une porte pourrie.

 

 

                                                                    (Fleur de feu, 1941)

 

 

 

Jiří Orten

La poésie tchèque moderne

Anthologie par Petr Kràl

Belin, 1990

SG