26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 09:20

 

Le soir tandis

que des cimes des arbres battant leurs ailes invisibles

les bruissements s'échappent et vont se consumer au loin

par le silence et par le feu — j'entends

(et toujours cet oracle me parvient de ma lointaine enfance)

l'arbre qu'un jour d'été j'entendis

là-bas dans notre champ face à la mer.

 

 

Il me parlait comme en mon rêve.

Sa voix venait de l'infini.

Son langage, plus haut qu'est langage de l'eau,

était lumière, était marée,

était de feuilles et de feu.

Séduction de promesses qui m'étaient étrangères.

Parfois un flottement circulaire, puis, de nouveau,

départ.

       Cet arbre, venu de l'infini, venait

de mes propres abîmes et me parlait et se taisait.

Son charme me portait — c'était la joie

de s'accomplir à l'infini.

 

 

Le soir à l'heure du repos tandis

que parle l'arbre

j'ai le désir d'une autre joie

                            (ah l'enfance tranquille !)

Je suis figé.

                            Triste désir.

 

 

Cette vie lointaine et si douce

est vision,

est mirage aussi.

Il fait silence autour de moi.

 

Mais va le vent, passent les bruissements

vague par vague.

J'entends l'écho des rives, le bruit du sable.

L'arbre m'emporte et c'est

ce que j'entends mon acheminement

ce parcours sans répit.

Je suis le voyageur de l'infini.

 

Il faut marcher.

Le repos, le bonheur, la joie

ne sont que de vaines haltes. C'est notre exil

ce devenir. Le monde n'est qu'un devenir

et le monde est un autre monde

à chaque instant.

 

Ces bruissements qui se consument à renouveau

ne sont que ce puissant trajet,

cet élan qui emporte et nous arrache de nous-mêmes.

Notre être déchiré nous sera rendu

grand ouvert.

 

Parle l'arbre

et nous marchons à l'unisson.

La joie circule dans le bois

et les ombres avec.

 

                                           (Traduction de Marc Delouze)

 

 

 

Nikoghos Sarafian

La poésie arménienne

Les Éditeurs français réunis

SG