11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 07:52

 

Rien ne finit jamais comme on voit dans les livres

Une mort un bonheur après quoi tout est dit

Le paladin jamais la belle ne délivre

 

Et du dernier baiser renaît la tragédie

L'homme a le souffle court et pour peu qu'on le berce

Le dimanche l'endort que c'est déjà lundi

 

La vie est une avoine et le vent la traverse

Sans y trouver jamais un accord résolu

Si l'histoire y poursuit comme les rimes tierces

 

L'irréversible amour des jours qui ne sont plus

Tout semble suffisant à l'étrange commère

Pour enchaîner sur le beau temps quand il a plu

 

Ou quand les amoureux enfin se désaimèrent

Au doigt d'autres enfants pour repasser l'anneau

Que pas un seul moment ne chôment les chimères

 

Elle transmet sans plus l'alphabet des signaux

Qui dicte à l'avenir une phrase secrète

Comme au ciel sans savoir fait un vol de vanneaux

 

Un passant dans la rue un second qui l'arrête

Avec le geste appris que la coutume veut

Il touche son chapeau montre sa cigarette

 

Et le rite accompli s'éloigne avec le feu

Que savent-ils de l'autre Un souffle Une étincelle

L'homme change mais pas la flamme et pas le jeu

 

La légendaire nuit ces étoiles l'ocellent

Qui chantait l'air tantôt que vous fredonnerez

La fugue le reprend du bugle au violoncelle

 

Et le monde est pareil à l'ancienne forêt

Cette tapisserie à verdures banales

Où dorment la licorne et le chardonneret

 

Rien n'y palpite plus des vieilles saturnales

Ni la mare de lune où les lutins dansaient

Inutile aujourd'hui de lire le journal

 

Vous n'y trouverez pas les mystères français

La fée a fui sans doute au fond de la fontaine

Et la fleur se fana qui chut de son corset

 

Les velours ont cédé le pas aux tiretaines

Le vin de violette est pour d'autres grisant

Les rêves de chez nous sont mis en quarantaine

 

Mais le bel autrefois habite le présent

Le chèvrefeuille naît du cœur des sépultures

Et l'herbe se souvient au soir des vers luisants

 

Ma mémoire est un chant sans apogiatures

Un manège qui tourne avec ses chevaliers

Et le refrain qu'il moud vient du cycle d'Arthur

 

Les pétales du temps tombent sur les halliers

D'où soudain de ses bois écartant les ramures

Sort le cerf que César orna de son collier

 

L'hermine s'y promène où la source murmure

Et s'arrête écoutant des reines chuchoter

Aux genoux des géants que leurs grands yeux émurent

 

Chênes verts souvenirs des belles enchantées

Brocéliande abri célèbre des bouvreuils

C'est toi forêt plus belle qu'est ombre d'été

 

Comme je ne sais où dit Arnaud de Mareuil

Broussaille imaginaire où l'homme s'égara

Et la lumière est rousse où bondit l'écureuil

 

Brocéliande brune et blonde entre nos bras

Brocéliande bleue où brille le nom celte

Et tracent les sorciers leurs abracadabras

 

Brocéliande ouvre tes branches et descelle

Tes ténèbres voici dans leurs peaux de mouton

Ceux qui viennent prier pour que les eaux ruissellent

 

Tous les ans à la fontaine de Bellenton

 

 

 

 

Aragon

Brocéliande

Les Poètes des Cahiers du Rhône

Éditions de la Baconnière, 1942

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