9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 07:13

 

Quand j’y allai, deux ailes claquèrent affolées, et ce fut tout. On y va seul. C’est un grand édifice composé de fissures, un édifice qui vacille toujours, mais jamais ne s’abat. Le soleil flotte au centuple par les fissures. Dans le jeu des lumières règne une pesanteur inversée : la maison est ancrée dans le ciel, et ce qui tombe, tombe vers le haut. Là-bas, on a le droit de se retourner. Là-bas, on a la permission de porter le deuil. Là-bas, on ose regarder en face certaines vérités anciennes, celles qui d’ordinaire restent emmitouflées. Mes rôles des bas-fonds, là-bas, remontent à la surface, ils pendent comme ces crânes desséchés dans la case des ancêtres, sur une île perdue de Mélanésie. Une lueur enfantine sur ces affreux trophées. Si douce est la forêt.

 

 

 

Tomas Tranströmer

Œuvres complètes (1954-1996)

le castor astral, 1996

commentaires