18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 07:16

 

Buissons de peu de foi

 

dit l'arbre solitaire

le vieux prêcheur radotant

 

Vous me traitez de menteur

parce que vous n'en croyez pas vos yeux

lorsque des oiseaux inconnus

mêlent leurs feux à mes feuillages

 

Parce que vous ne faites pas confiance

à vos oreilles quand l'hiver

dit un psaume entre mes branches

 

Et quand je vous dis moi

que la bête du Gévaudan

s'accouple sur l'étang

avec l'ombre d'un loup des steppes

à l'échine de fougères

au regard d'ambre étoilé

vous prétendez que je m'invente

 

Et que je m'invente de même

quand j'affirme que mes racines

sont plus rapides que des taupes

et que les pierres au soleil

livrent au regard la saveur

du pain multiplié

 

Or c'est vous que j'invente

mes frères décevants

qui ne fleurissez pas

pour la joie des abeilles

 

mes amis d'apparence

pour qui toujours deux lièvres

et deux lièvres font quatre

et jamais trois flocons de neige

ou que sais-je

un champ de blé

 

 

 

Buissons de peu de foi

dit encore l'arbre

 

Et les buissons s'éloignent en eux-mêmes

vers des paysages muets

dont la poussière les rassure.

 

 

 

Serge Wellens

Les Mots sont des chiens d'aveugle

Folle Avoine, 2001

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