10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 08:53

 

 

1.  Il revient. Dans le virage près de la carrière. Avec sa discrétion étoilée de fleurs blanches. C'est un arbre que je ne connaissais pas. Il est le premier à me dire ce matin le changement de saison et le retour des sèves dans les hauteurs d'élagage du ciel.

 

 

2.  Il revient. A sa place. Dans le virage. Près de la carrière. Je ne le connaissais pas. Il naît, feuilles, branches et fleurs. Essaim immobile, l'arbre apparaît. Sous la crête des monts Jura quelques plaques flottantes de neige disparaissent dans la pente. Dans le vert qui se renforce.

 

 

3.  Il revient. La tête dans les mains. Ce n'est pas un homme. Mais il va disparaître dans ses mains. Un jour j'écrirai cet arbre disparaît dans ses feuilles. C'est que le printemps est avec l'arbre. Leur conversation est aussi silencieuse que la mienne avec eux les regardant.

 

 

4.  Il revient. De l'enfance. Apparaît à la même place depuis toujours. Puis écoute mes yeux le regarder. Ses feuilles se faufileront dans le ciel. Et l'arbre disparaîtra d'être là. Dans ses mains. Ce ne sont pas des mains. Je le sais.

 

 

5.  Il revient. En douceur de petits blancs éparpillés. Ongles blancs ! Si je le vois aujourd'hui dans le virage, près de la carrière. C'est qu'il a toujours été là. Qu'il ne prend aucune place. Poussé par sa lenteur extrême. C'est en moi que le printemps se fait pour la première fois. Devant lui.

 

 

6.  Il revient. Entre celui qui lit et celui qui écrit. Cet arbre, qui nous sépare ce matin de printemps, est ce qui reste après la séparation. Dans le virage. Après la carrière.

 

 

7. Il revient. Cet arbre est la séparation. La séparation entre celui qui lit et celui qui écrit. Je vois ce matin la séparation m'éblouir d'une lumière plus que tendre.

 

 

8.  Je me suis avancé dans le virage, vers lui. Pour le voir de près. Les pointes de lumière qui de loin faisaient constellation sont des chatons argentés qui grandissant perdent leur lustre. C'est un saule commun me dit-il. J'ai laissé depuis le nom de cet arbre. De son revenir dans le virage et je marche maintenant vers ailleurs. Le même.

 

 

 

Joël Bastard

Se dessine déjà

poèmes 

Gallimard

SG