15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 07:13

 

 

Ode en vers baïfins  

 

 

Je te revois, ô bois Lambert, dans la douceur de mes pensées,

Les mouvantes frondaisons de rayons tremblants traversées,

Les oiseaux qui se jouaient auprès de tes sources glacées,

Les fantômes d'arbres morts qui nous écartaient du chemin

et l'esprit de la forêt qui me prit un soir par la main...

Bois Lambert, je me souviens que nous allions à l'aventure

Cueillir le myrtille noir en nous glissant sous ta ramure,

Émus des plaintes du vent, le cœur troublé par le murmure

des frênes parlant entre eux avec leur frémissante voix.

Le chant triste du coucou montait au plus profond du bois.

Sur la mousse des crapauds nous regardaient de leurs yeux glauques

et des chênes très âgés, aux longs manteaux de lierre en loque,

portaient des vols de corbeaux qui croassaient tous à la fois.

Bois Lambert, ô bois Lambert, comme jadis je te revois.

J'étais un petit enfant quand je m'égarais sur tes sentes

Mais je n'ai rien oublié de toutes ces choses absentes

et ton ombre quelquefois, je crois, tremble encor sur mon cœur,

l'endormant de ses parfums, le faisant pensif et rêveur.

 

 

                                                               (Février 1908.)

 

 

Jean de la Ville de Mirmont

Œuvres complètes

Champ Vallon, 1992

 

 

 

  Forêt de sapins proche de la maison de ses vacances enfantines au Lioran

  Exercice poétique en vers de quinze pieds inspiré par le système de versification innové

     par le poète Baïf (1532-1589)

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