22 avril 2020 3 22 /04 /avril /2020 12:00

 

Vous, si hauts dans le temps, mes arbres, mes héros

Invincibles, mes statues vivantes, si je pouvais

 

Tout près de vous m'étendre, en vous me reposer

Dans l'absence de toute rêverie, l'absence

 

De toute signification, n'être plus que branches

Et racines, n'être rien que sève et feuilles,

 

Être là simplement, alors que les vivants

Continuent leur chemin dérisoire, n'être plus

 

Qu'un lieu de veille ou d'appel, me retirer

Dans votre ombre ondoyante comme dans une chambre

 

Heureuse, sans question sans phrase sans autrefois

Et sans lendemain : n'être plus qu'un instant pur,

 

Un présent continu, entre nuage et bruit,

Entre ciel et sommeil, entre la graine et l'oiseau.

 

 

 

 

 

Lionel Ray

Matière de nuit suivi d'Éloge de l'éphémère

Gallimard, 2004

SG