18 avril 2021 7 18 /04 /avril /2021 19:08

 

Il neige sur les monts, il neige dans la plaine,

Il neige dans les bois où vont les loups hurlants.

Tout le troupeau du ciel secoue au vent sa laine

Et l'air en est rempli de larges flocons blancs.

 

Tous les arbres en sont couverts, les pins, les ormes,

Les hêtres, les bouleaux, les frênes tortueux,

Les mélèzes, pareils à des lustres énormes,

Et les chênes, géants aux bras forts et noueux.

 

Et toujours et toujours sur les branches plus lourdes

La neige accumulée épaissit sa toison,

Et la bise, en sifflant, tire des plaintes sourdes

Des rameaux qu'on dirait saisis d'un long frisson.

 

Or, un petit arbuste encor chétif et frêle murmure :

« Que j'ai froid ! Ô neige, assez, assez !

« Tu me couvres du pied à la tête et je gèle.

« Descends vite, descends de mes membres glacés. »

 

Puis il secoue au vent la neige virginale

Qui glisse sur la terre, où l'automne en passant

Avait laissé tomber une graine hivernale,

Et la recouvre avec son manteau blanchissant.

 

Mais une nuit survient rude, âpre et glaciale,

Un froid, une gelée à fendre du granit ;

Et la bise est si dure, haleine boréale,

Que l'oiseau des glaçons en grulle dans son nid.

 

Sous le souffle glacé, comme pris de vertige,

Le pauvre arbuste nu tord ses rameaux tremblants

Et sent le froid entrer par degrés dans sa tige

Et par degrés geler sa sève dans ses flancs.

 

Ô doux printemps, joyeux réveil de toutes choses,

Des herbes dans les prés, des oiseaux dans les bois !

Tu rends leurs chants aux nids et leurs parfums aux roses.

Pourquoi l'arbuste seul est-il sourd à ta voix ?

 

Il est mort. Mais la graine, en une fleur superbe

Transformée aux baisers fécondants du soleil,

Sous l'abri de la neige a germé parmi l'herbe

Et se dresse dans l'air comme un bouquet vermeil.

 

Et tristement au pauvre arbuste elle soupire :

« Il faut savoir souffrir un petit mal parfois.

« C'est le moyen souvent d'en éviter un pire,

« Et d'un mal un grand bien peut sortir, je le vois. »

 

 

 

                                                  Avril 1860.

 

 

 

André Van Hasselt

Poèmes, paraboles et études rythmiques

A. Goubaud, 1862

SG