31 octobre 2020 6 31 /10 /octobre /2020 14:18

 

Je suis l'homme des bois !

Mes amis ne sont plus les hommes,

J'oublie les tristes autrefois

Parmi mon cher royaume.

 

Le silence, la majesté,

Les parfums, les couleurs, les rêves

Et la troublante intimité

Des grands arbres riches en sèves,

 

Les matins bleus, doux et flottants,

La troupe vive et familière

De milliers d'êtres capricants

Qui n'ont plus peur du pauvre hère…

Quelles joies en cette lumière !

 

Je vais parmi les voletis

Comme le doux François d'Assise ;

Les espiègles lapereaux gris

À mes pieds ont leur table mise ;

Il n'est pas jusques aux ramiers

Qui ne volent à ma rencontre

Lorsque je surgis des halliers...

 

Même Seigneur renard se montre

Voisin possible et confiant

Et le sanglier, dans sa bauge,

Me renifle en insouciant

Lorsque je regagne ma loge.

 

Je sais la source au clair miroir

— Car le ciel dort en ses eaux bleues —

Où les biches, matins et soirs,

Viennent boire, depuis des lieues !

 

Y viennent aussi quelquefois

Les belles nymphes, les dryades

Et maintenant l'homme des bois

Est devenu leur camarade.

 

D'une d'elles j'eus un baiser

Tel, que mon âme en est brûlée !

Depuis, de mon Eden boisé

Toute la paix s'en est allée !

 

 

 

 

Octave Charpentier

Poésie, cahiers mensuels illustrés

Février 1932

SG