27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 08:47

 

  Chanson d'Automne

 

 

Une châtaigne eut un amant...

Un marron d'Inde, évidemment !

Ventru, joufflu, tendre et sucré,

Une peau douce de bébé...

 

*

 

Le mari ne soupçonnait rien ;

Épris de justice et de bien,

Voyant le monde à son image,

Sans grand désir, il restait sage.

 

Châtaigne, châtaigne, où vont tes pensées ?

Tu veux de la vie encore goûter

Les désirs secrets, les plaisirs sucrés,

Oublier regrets, jeunesse passée.

 

Il était veilleur de bourrasques,

Et loin, de suspecter les frasques

De sa belle — presque à ses pieds ! —

Veillait en haut du châtaignier.

 

Tôt le matin, il se levait,

Pendant que la dame paressait...

Mais, vite, elle quittait le lit,

Aussitôt son mari parti.

 

Châtaigne, châtaigne, aux piquants pointés,

Les piquants, tu sais, cèdent sous les pieds ;

Cache-toi vite et couvre-toi de terre :

Bientôt sera là, le méchant hiver !

 

Puis, elle roulait dans le champs,

Se couchait près de son amant,

Riait et se soûlait de vent,

De baisers chauds jusqu'au couchant.

 

Alors, bien vite, elle rentrait ;

En un clin d'œil tout était prêt :

Repas fait et table dressée,

Les piquants couchés, redressés.

 

Châtaigne, châtaigne, amie de mes prés,

Ils sont moissonnés l'avoine et le blé.

Châtaigne, châtaigne, amie de mes bois,

Écoute bramer le cerf aux abois...

 

Passe l'automne, passe le temps,

Il est court celui des amants ;

La vie réserve des piquants,

Même aux châtaignes dans les champs.

 

Un soir qu'il surveillait là-haut,

Il vit allumant les falots,

La bourrasque qui emporta

La belle et l'amant dans ses bras...

 

Châtaigne, châtaigne, amie de mes prés,

L'on ne peut être et avoir été.

Ils ont arrivés, châtaigne, amie de mes bois,

Ils sont arrivés, l'hiver et le froid. (Bis)

 

 

 

 

 

Patrick Derouard

À la dérive des rêves

Éditions Sol'air, 2001

 

SG