5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 07:24

 

La leçon des grands arbres est cette croissance,

ce grand dessin contre le ciel pour nos yeux.

Un jour c'est la chute inéluctable,

l'air béant où s'élevait le fût,

les demeures de feuilles (quand la silhouette

d'un jet sur l'horizon le signait de son paraphe).

Rien, plus rien, retour au sans forme :

sciure dont s'est nourrie la terre ou fumée dans le ciel.

Le terme, amer, est celui-là

qui couronne peut-être le généreux élan

sans calcul vers la lumière, la course

qui a déployé cette forme éminente

vers les nuages, le soleil ou la pluie

et qui semblait nous abriter aussi, passants

(destructeurs de notre amour).

S'il est ainsi, celui-là, à l'entrée du parc,

effacé du sol et du ciel natifs,

qui es-tu, toi   cela t'effleure, tu l'oublieras

pour refuser de t'éployer selon ton faible élan,

de retomber enfin, à l'image d'un arbre,

asile des oiseaux, des abeilles et des songes ?

 

 

 

 

Paul de Roux

Entrevoir

suivi de Le Front contre la vitre

et de La halte obscure

Gallimard, 2014

SG