28 juillet 2020 2 28 /07 /juillet /2020 07:34

 

Vert de chêne. Un autre vert.

Pas un vert allemand. Ô chêne caucasien.

À côté de Gagra, cette ville qui m'est chère.

À laquelle je fais amende honorable,

Parce que j'ai écrit un jour ce qui me heurtait :

J'ai écrit une image qui me déplaisait.

Mais je n'ai pas assez écrit

Ce qui m'y était

Doux : les jours soyeux.

Le grand orbe de l'horizon au-dessus de la mer.

La nuit antique plainte des cigales.

Et surtout le chêne, lourdement posé

Comme un torse rocheux au flanc de la colline.

Embrumé par la fumée de brindilles des jardins.

Où de vieilles mères aux mains de saintes

Lissent la vie et détournent le temps.

Sous ce chêne s'est approchée de moi une vieille,

Pareille à ce que fut ma grand-mère.

Elle est passée près de moi.

Et je suis restée accrochée à son odeur.

Ses jupes exhalaient des effluves de pain.

Et ses cheveux burinés sentaient le soleil.

Elle avait déjà le même âge et elle est peut-être morte.

Mais elle me suit des yeux jour et nuit

Comme elle me suivait des yeux. Pour elle j'étais

Lointaine et étrangère : blème négation

De sa vie entière. Mais pour moi elle se dresse

Dans l'ombre du chêne comme apparition de lumière.

Vert de chêne. Vert caucasien.

Pas un vert allemand. Le tout autre.

À l'encontre duquel rougeoient les sols argileux crevassés

Sur lesquels dans le vent du souvenir je chemine.

 

 

 

 

Eva Strittmatter

Du silence je fais une chanson

Traduit de l'allemand par Fernand Cambon

Cheyne, 2011

 

 

 

 

 

 

 

Eichengrün

 

 

Eichengrün. Anderes Grün.

Kein deutsches Grün. O kaukasische Eiche.

Auswärts von Gagra, der lieben Stadt.

Der ich Gesuch um Vergebung einreiche,

Weil ich einst aufschrieb, was mich da kränkte:

Ich schrieb über ein mir missliebes Bild.

Aber ich habe zuwenig geschrieben,

Was mir da mild

War: die seidenen Tage.

Der große Rundhorizont überm Meer.

Nächtlich alte Zikadenklage.

Und vor allem die Eiche, die schwer

Wie ein Felsstumpf am Hügelhang steht.

Vom Reisigrauch aus den Gärten unweht.

Wo alte Mütter mit Heiligenhänden

Leben glätten und Zeit abwenden.

Unter der Eiche kam mir eine Alte nah,

Wie es einst meine Großmutter war.

Sie ist an mir vorübergegangen.

Und ich habe ihrem Geruch nachgehangen.

Ihre Röcke rochen nach Backrauch von Brot.

Und nach Sonne roch ihr verwittertes Haar.

Sie war schon so alt und ist vielleicht tot.

Doch sieht sie mir nach über Tag und Jahr

Wie sie mir nachsah. Ich war ihr fern

Und fremd: eine bleiche Verneinung

All ihres Lebens. Doch steht sie für mich

Im Dunkel der Eiche als Lichterscheinung.

Eichengrün. Kaukasisches Grün.

Kein deutsches Grün. Das ganz und gar andre.

Gegen das die geborstenen Lehmerden glühn.

Über die ich im Wind der Erinnerung wandre.

 

 

Eva Strittmatter

SG