20 juillet 2020 1 20 /07 /juillet /2020 14:30

 

Sur sa tige droite il s'élance,

      D'un seul jet noble et pur,

Et retombe, enivré d'azur,

      De flamme et de silence.

 

Sa verdeur, son âge premier,

      L'éclat de la prairie

Qui rend une molle patrie

      À ce tendre palmier,

 

Ravissent l'île enchanteresse

      Et le sacré vallon

Où, frère et rival d'Apollon

      L'arbre divin se dresse,

 

Ainsi, dans les temps anciens,

      Sur l'écumeuse rive,

Ulysse à la fille attentive

      Du roi des Phéaciens,

 

Confondant leur grâce jumelle,

      Disait, chantait le los

De celui qu'il vit à Délos

      Et sa gloire immortelle.

 

Sous les palmes, après avoir,

      Dans les auges rustiques,

Battu leurs légères tuniques

      Au courant du lavoir,

 

Une troupe d'adolescentes,

      Sœurs de Nausicaé,

D'un chœur lentement partagé

      En deux moitiés dansantes,

 

Fait résonner devant la mer

      Couleur de violette

Le printemps nouveau qui s'apprête

      À sortir de l'hiver.

 

Plus encore que la promesse

      De ces rythmes secrets

Qu'insinue à tous leurs attraits

      Leur flexible jeunesse,

 

Qui ne reconnaîtrait tes lois,

      Ô juvénile arbuste,

Ta douceur, ta beauté robuste

      Et pliante à la fois ;

 

Qui ne voudrait, de préférence

      À leur groupe charmant,

Nourrir de ton embrassement

      Sa plus chère espérance ?

 

Mais toi, si la brise à son tour,

      Vers l'heure où le jour tombe,

Te soupire, avec la colombe,

      Un cantique d'amour,

 

Dans sa bienheureuse indolence,

      Ton faîte indifférent,

Au jeu de ce désir errant

      À peine se balance.

 

 

 

 

 

François-Paul Alibert

La guirlande lyrique

Garnier Éditeur, 1925

SG