31 juillet 2020 5 31 /07 /juillet /2020 07:01

 

Nous sommes faits à l’image des arbres

mais moins vaillants qu’eux hélas :

eux naissent debout

et ne se couchent que sous des vents de fin du monde

 

l’attente immobile de rien les justifie

ils ignorent l’ennui cette maladie d’homme

 

ils aiment nécessairement ce qui vient à eux

de la terre obscure et profonde

ils font vertu de feuilles de fleurs et de fruits

un soleil comme une pluie les contentent

un vol de passereaux les couronne

 

un arbre comme un homme frissonne

sous le baiser du ciel

mais il n’a nul besoin de la fable d’un dieu

pour en tirer la force qui l’élève

 

ô l’arbre qui boit le soleil puis la neige

qui dans l’orage échevelé se dresse face à l’éclair

il est l’obstination verticale

qui humilie l’homme au front baissé devant la mort

 

arbre muet en quoi le monde chante

libre contre son destin

parce qu’impavide ouvert à ce qui n’a pas de fin

dévorant l’espace

 

arbre dont l’insouciance fait signe dans le velours du soir

aux amants esseulés

aux animaux errants et aux âmes perdues

 

chose sans intention ni regret

qui ne compte pas ses feuilles

et dont l’écorce avale les blessures

 

corps affamé de ciel

solitude toute traversée

par la grande geste de l’univers

 

 

 

 

 

Jean-Pierre Siméon

Levez-vous du tombeau

Gallimard, 2019

 

SG