4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 11:30

 

Forêt recommençante, arbres, léger feuillage,

                   Charme des mois nouveaux,

Qui ne laissez tomber pas même un peu d'ombrage

                   De vos tendres rameaux,

 

J'aime par-dessus tout les nuances tissées,

                   De cent sortes de verts,

Qui viennent divertir à vos cimes pressées

                   Vos bourgeons entr'ouverts.

 

Ne vous hâtez point trop, arbres récents, d'éclore

                   Au soleil par milliers ;

Ah ! puissiez-vous longtemps en rester à l'aurore

                   De vos jours printaniers !

 

Déjà, fût-ce à travers votre jeune abondance,

                   Je vois peser là-bas

La chaleur indolente, et l'été qui s'avance

                   Nous quitter pas à pas,

 

Puis, s'accomplir la chute et le suprême automne

                   Où doit toute beauté

Disperser promptement la mortelle couronne

                   De sa maturité.

 

Puisque vous ne sauriez durer plus d'une année ;

                   Puisque votre destin

Ne connaît comme nous qu'une seule journée

                   Et qu'un même matin ;

 

Vous qui du moins, après avoir fini votre âge,

                   Allez reverdissants,

Tandis que toujours plus nous subissons l'outrage

                   De nos fronts vieillissants,

 

À votre éclat combien mon cœur préfère

                   Ce timide moment

Qui n'est pas tout à fait ni la saison première

                   Ni l'hiver inclément !

 

Une brume insensible alors à votre écorce

                   Frissonne et transparaît ;

Vous n'êtes que promesse, attente, faible force,

                   Pressentiment secret.

 

Vous retardez ainsi la pointe encor lointaine

                   Du rapide printemps ;

Ainsi vous balancez la lenteur incertaine

                   Et la fuite du temps.

 

 

 

 

 

François-Paul Alibert

La guirlande lyrique

Garnier Éditeur, 1925

 

SG