31 janvier 2020 5 31 /01 /janvier /2020 15:00

 

Innocent univers de feuilles

En soupir autour d'un seul corps,

Ombrage captif du soleil,

Stables bras soulevés d'essors,

 

Édifice aux flottants étages,

Érable au murmure aéré,

Bonjour, gardien du paysage

Fidèle à tes gestes dorés !

 

Je te reconnais dans l'espace,

Attentif aux signes du ciel,

Sensible à de secrets passages,

Et ta vie appelle ma vie.

 

Me voici, fils d'un autre règne.

Qu'il connaisse, ton bois puissant,

Ces bras fraternels qui l'étreignent,

Ta sève court, comme mon sang !

 

Si de souterraines amarres

T'infligent des hivers d'ennui,

S'il te faut l'aile des samares

Pour disperser ailleurs tes fruits,

 

N'envie point cet être mobile

Qui vient enfler ici sa voix :

Il sort comme toi de l'argile

Et n'est pas plus libre que toi !

 

Arbre, végétal majuscule,

Vieux parent, je t'embrasse au nom

De la primitive cellule

Qui s'affola dans le limon !

 

 

 

 

 

Fernand Lot

Poésie : cahiers mensuels illustrés

janvier 1933

SG