3 novembre 2019 7 03 /11 /novembre /2019 21:00

             

         

                     POUR LE BAPTÊME DE L'ARBRE

 

 

   

Boise-toi, montagne ; boise-toi, plateau ;

La Fête de « l'Arbre » est celle de « l'Eau ».

 

Pousse donc, bel arbre, et grandis bien haut,

Pour donner asile au petit « Oiseau » ;

 

Un mât de cocagne ou bien de bateau,

Sur terre ou sur mer, tu seras bientôt ;

 

Sur le mont Odouze ou le Puy Condraud,

Verse ton ombrage à tout le plateau ;

 

Pour un siècle, au moins, tiens droit et bien haut

Le sceptre de l'Arbre et celui de l'Eau ;

 

La Terre creusoise est le sol qu'il faut

Pour nourrir un arbre et pour drainer l'eau ;

 

Que la Terre vive avec le Plateau !

Pousse donc, jeune arbre, et deviens bien haut !

 

Puisse le « Congrès », dans tes grands rameaux.

Dans cent ans d'ici, planter ses drapeaux !

 

La Brise, en passant dans tes rameaux verts.

Dira notre « GLOIRE » à tout l'univers ;

 

Rossignol mystique ou joyeux coucou,

L'oiseau migrateur LA dira partout ;

 

Boise-toi, Montagne, boise-toi. Plateau !

Plantons un jeune « arbre », arrosons-le « d'eau » !

 

 

                          

 

                   PAROLES DU PETIT PAGE

 

       

Et moi, je ne veux pas que l'on touche aux Oiseaux !

— Petits Oiseaux mignons, âmes de la nature.

« Troglodytes » des bois, « martins-pêcheurs » des eaux

« Hirondelles » des toits, et « Lulus » des plateaux.

Je vous défendrai tous et toujours, je le jure.

Car, moi, je suis l'ami des tout petits oiseaux.

 

 

 

                               LE CHŒUR

 

 

Oui, nous jurons, comme ce petit page,

De défendre l'Oiseau qui vole autour de nous.

L'oiseau chanteur qu'abrite le feuillage,

L'oiseau joli dont le charme est si doux.

 

 

 

                      PAROLES DE LA REINE

 

 

Beaux étangs assoupis à l'ombre des Grands chênes,

Rivières et ruisseaux et vous, claires fontaines.

 

La Reine et le Page        Cliché Savignat

 

 

Où les nymphes s'en vont baigner leurs cheveux roux,

Cascades et jets d'eau des paisibles domaines,

C'est pour vous que je sens des amours souveraines

Et pour les arbres verts dont la sève est en vous.

 

 

Ô vous, arbres puissants, témoins des grandes luttes,

Vous que l'avidité de l'homme persécute,

Hêtres touffus, chênes gaillards, beaux châtaigniers,

Grâce de la vallée, ou bien orgueil des buttes,

Vous qu'on mène à l'usine, et qui, dans votre chute,

Entraînez l'Idéal que l'homme foule aux pieds,

Beaux arbres des bosquets ou de la solitude,

Beaux arbres dont l'ombrage est une quiétude,

Et dont la poésie est la feuille ou la fleur,

Beaux arbres qui versez sur cette terre rude

Les Trésors de vos fruits ou la béatitude,

Je vous aime d'amour et vous plains de douleur.

 

Je veux qu'on vous respecte et je veux qu'on vous plaigne.

À voir tout le Plateau désert mon âme saigne ;

Je veux vous voir partout comme un charme divin ;

Je veux, à mes repas, la rustique châtaigne ;

Et je veux, dans mon parc, un beau saule qui baigne

Ses longs cheveux épars dans les eaux du bassin.

 

Oui, je fais le serment, dans mon petit royaume,

De vous sauver du mal, de l'insecte ou de l'homme,

De vous semer, de vous planter, de vous chérir,

Beaux arbres qui donnez la châtaigne ou la pomme,

Tous les fruits, tous les bois, l'ombre, les fleurs, le baume,

Et le berceau lui-même où l'enfant va dormir.

 

 

 

               LE CHŒUR

 

 

Que Sa Majesté nous entende !

Nous approuvons tous ses édits :

Oui, nous arroserons la lande

Et nous boiserons le pays.

 

 

 

           PAROLES DU ROI

 

 

Dieu m'a fait Roi d'un grand Domaine,

Où mes sujets sont mes égaux :

Sur la montagne ou dans la plaine.

          C'est moi qui mène

          Les troupeaux ;

J'aime la terre qu'on délaisse ;

Je hais la ville où l'on déchoit ;

Sur ma jument ou mon ânesse,

J'ai l'air d'un Berger, non d'un Roi.

 

J'aime les grands bœufs de mes pères :

Oh ! bien rustique est mon palais ;

Mais ce, qu'avant tout, je préfère,

          Sur cette terre,

          C'est la Paix.

Je n'ai joyaux ni pierreries,

Et ma couronne n'est pas d'or,

Mais la paix. dans mes métairies,

N'est-ce pas le plus beau trésor ?

 

À la terre je suis fidèle,

Et Roi Paysan jusqu'au bout ;

Je n'ai pas d'or dans l'escarcelle,

Mais l'Idéal vaut plus que tout.

À la Terre je suis fidèle.

Et fais aujourd'hui le serment

De vivre et de mourir pour elle,

Et tout mon peuple également.


 

 

               LE CHŒUR

 

 

Que Sa Majesté nous entende !

Nous approuvons tous ses édits :

Oui, nous cultiverons la lande .

Et reboiserons le Pays.

 

 

 

M. Batifolier

Congrès de l'Arbre et de l'Eau

Société Gay-Lussac de Limoges

1927

 

Source : Gallica

SG