25 mars 2019 1 25 /03 /mars /2019 09:00

 

 

25 mars      Le cerisier

 

 

à Jacqueline Duhême,

                             en pensant à Jacques Prévert

 

 

Le cerisier a mis

des nœuds blancs

dans ses cheveux

le lilas du rose

au bout de ses doigts

 

branches dessus

branches dessous

ils s'en vont

au grand bal

du printemps.

 

 

 

 

Joël Sadeler

Trente-six chants d'arbres

Lo Païs, 2000

 

 

 

 

 

 

24 mars      Secours sont fleurs en leur beauté

 

 

Celle qui m’a tant pourmené

A eu pitié de ma langueur

Dedans son jardin m’a mené

Où tous arbres sont en vigueur

 

Clément Marot

 

*

 

 

J’ai scié le tronc du mimosa

Mort de froid l’hiver deux mille douze

Il faut bien mourir de quelque chose

 

Cinq ans après vertes repousses

Ont donné ses nouveaux soleils

Qui japonisent

Et donnent la réplique

Aux blancs sans faille de l’amandier

 

Fenêtres ouvertes sur fond d’azur

Petits secrets d’un lieu

Où à travers ses arbres de février

Nous oublions nos déconforts

Et nos Regrets

Secours sont fleurs en leur beauté

                   

 

 

 

 

Jean Jacques Dorio

Poésie : mode d'emploi

 

 

 

 

 

 

 

 

23 mars      Le silence merveilleux

 

                     (l'aller)

 

Voici un grand oiseau

peut-être le plus grand oiseau du monde

et peut-être le plus vieux

il vire dans le brouillard

il ne voit plus les fils d'argent des rivières

à la bordure des champs

comme il s'enfonce dans l'inconnu

qui est son beau miroir

 

 

                    (le retour)

 

il y avait une fois un arbre d'or

qui éclairait la fenêtre et le ciel

il y avait des arbres vivants

avec des mains vivantes

 

 

 

 

Emmanuel Moses

Figure rose

Flammarion, 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

22 mars

 

 

Qui se souviendra que la cerise

fut une fleur ?

 

Qui dira que l'arbre fut un

bouquet qui dépassa

l'entendement du monde ?

 

N'est-il pas de tocsin pour

nous avertir de cette mort qui

vient par la beauté ?

 

 

 

François Jacqmin

Les Saisons

Éditions Labor, 1988

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

21 mars      Que ce monde demeure

 

Je redresse une branche

Qui s'est rompue. Les feuilles

Sont lourdes d'eau et d'ombre

Comme ce ciel, d'encore

 

Avant le jour. Ô terre,

Signes désaccordés, chemins épars,

Mais beauté, absolue beauté,

Beauté de fleuve,

 

Que ce monde demeure,

Malgré la mort !

Serrée contre la branche

L'olive grise.

 

 

 

Yves Bonnefoy

Les planches courbes

Gallimard, 2006

 

 

 

 

 

 

 

20 mars      Le vieil amandier

 

 

Je me demande ce que veut

Cet amandier qui me fait signe :

Au-dessus des ceps de la vigne

Il est blanc et rose et crémeux.

 

On dirait qu'il n'en revient pas

De porter parure aussi belle.

Croit-il déjà qu'il démantèle

Les créneaux venteux des frimas ?

 

Indifférent à saint Gervais,

À saint Mamert, à saint Pancrace,

(Tels sont les noms des saints de glace)

Il dit « Faites ce que je fais. »

 

Il dit au pêcher : « Qu'attends-tu

Pour me rejoindre à l'avant-garde ?

En bas, cette vigne retarde :

Le temps du courage est venu. »

 

Courage ou bien témérité ?

Je l'admire et hoche la tête.

Cette couronne est une fête

Que se donne un chef menacé.

 

 

 

Pierre Menanteau

au rendez-vous de l'arc-en-ciel

Les éditions ouvrières, 1981

 

 

 

 

 

 

 

 

 

19 mars      Ôde au prunier

 

 

 

Nishizawa Tekiho

 

Décembre 1962

 

Sur la mélodie de « Prophétie »

 

 

Vent et pluie : départ du printemps

Une poudrerie de neige accueille son retour ;

Falaise de mille pieds recouverte de glace

Là cependant, une branche fleurie offre sa grâce.

 

Sa beauté ne la fait pas rivale du printemps

Mais n'en est rien d'autre que la messagère

Quand la montagne sera en pleine floraison

Elle sera, au milieu, comme un sourire.

 

 

 

Mao Tse-Toung

Poésies complètes

Seghers, 1976

 

 

 

 

 

18 mars      En Sologne

 

Forêt givrée, forêt gelée je te redécouvre

après une longue désertion. Tu es figée

de peur d'altérer l'éclat de myriades de petits cristaux

qui font ta magnificence

mais je te reconnais. Jamais tu ne parus plus belle

et plus lointaine rêve d'un soir de fête où luxe solitaire

tu te plais à jouir de ta seule beauté.

 

 

 

Christiane Bertand

Mauves

Les Presses du Massif Central, 1979

 

 

 

 

 

17 mars

 

 

 

Un tremble

c'est le nom

du peuplier blanc, luisance furtive.

 

Éclairs des feuilles

 

leur vie scintille

 

instant après instant

elles chuchotent

que nous avons aussi des moments miroitants

minuscules, étincelantes traces de nous sur le monde.

 

 

 

 

Marie-Claire Bancquart

Violente vie

Le Castor Astral, 2012

 

 

 

Vincent Fostat

Nice, 1880

 

 

 

 

 

16 mars      La forêt tropicale

 

 

Vierge et libre forêt où vibrent les splendeurs

Du ciel sur les beautés éternelles de l'Arbre,

De gigantesques troncs, piliers de sombre marbre,

Supportent dans l'azur ta coupole de fleurs.

 

Loin des souffles impurs qui souillent dans les villes

Les floraisons des marronniers et des tilleuls,

Loin des coteaux pareils où les vergers utiles

S'alignent réguliers, nostalgiques et seuls,

 

Tu dresses dans des flots indomptés de lianes,

Sur le déferlement farouche des savanes,

Les mâts vertigineux de tes arbres de fer.

 

Et, dans l'embrasement des aurores sublimes,

Quand des vols d'oiseaux d'or s'échappent de tes cimes,

Ton hymne triomphal gronde comme la mer.

 

 

 

 

Daniel Thaly

Poèmes choisis

Casterman, 1976

 

 

 

 

 

15 mars      Ô bel arbre

 

 

Ô bel arbre qui, de branche en branche

Fait peser et ployer ton feuillage,

Tisse la voûte de ta cime

Autour du vieux tronc rudement dressé

Et tamise un soleil luxuriant et changeant

Qui plonge largement sur ton torse de bronze,

 

Qui sent s'alourdir de hauts bouquets

L'éventail déployé de ton feuillage

Et rôder alentour un pénétrant parfum.

Tu vois sur son arête où filtre le soleil

Glisser une lumière tendrement caressante

Qui s'attiédit en cercles autour de ton faîte.

 

Châtaignier, selon le voyage

Montant, hésitant, la tombée indécise

Du jour et de l'heure encercle

Ta totale envergure, car toi, pieux et tendre,

Tu berces tes branches qui, allant et venant

Mesurent la profondeur de mon souffle.

 

Dans la maison fraîche et obscure

Pleine d'un silence attentif, le chant de doux oiseaux

S'apparie à son propre murmure

Comme ma craintive opulence

S'insinue en pieuse pureté

Dans un brillant cortège d'étranges images.

 

Ô bel arbre, beau châtaignier

Puissé-je affronter comme toi

Les jours dans une grâce souveraine

 Moi qui, né pour une même beauté,

Doué d'un même amour et d'un pareil éclat,

Me trouve si misérablement seul... 

 

 

 

Karel Van de Woestijne

L'ombre dorée et autres poèmes

Traduction par Marcel Lecomte et Georges Thinès

La Différence, 1993

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                    

Gustav Klimt, Tree of life, 1905

 

 

 

O Schoone boom  

 

 

                       

O Schoone boom die branke aan branke, 

uw loovren wegen laat en wanken, 

en't welven van uw krone weeft 

om't bonkig staan van de' ouden tronk, en,

breed over't bronzen lijf gezonken,

er wissel-weel'ge zonne om zeeft ;

 

die't breiden uwer waaier-blaêren 

van trossen hoog gebloemt bezwaren

en zwoel van reuk omwaren voelt, 

en ziet hun zon-doorzegen zijde 

van teeder-streelig licht beglijden 

dat kringend om uw kruine zoelt ;

 

kastanjelaar, alnaar de reize, 

bij rijzen, dralen, dalend dijzen 

van dag en ure, in vollen vaêm 

omkringt u; daar ge, vroom en teeder, 

uw branken wiegt die, weg en weder, 

de diepte meten van mijn aêm ;

 

en binnen duister-koelen huize 

vol luister-stilte, aan eigen suizen 

den zang der zoete vooglen paart, 

gelijk mijn eigen schroom'ge weelde 

een schoone stoet van vreemde beelden 

in vroome zuiverheid door-vaart ; —

 

o Schoone boom kastanjelare, 

mocht ik de dagen tegen-staren 

als gij : in heerschende genâ ; 

— ik die, tot zelfde schoon geboren, 

met eendre liefde en eendre glore, 

zoo moederziel-alleene sta... 

   

 

 

 

 

 

14 mars      L'arbre en fleurs

 

La nuit de la floraison,

en une seule heure de plénitude qui ne se répètera jamais

il fleurit et reste en sa beauté

comme un feu qui ne brûle pas,

dans une flamme légère et précieuse.

Cette beauté entière

parfaite dans son ordre, jaillissante,

comme elle est pitoyable dans sa douce majesté, sa générosité,

      son pardon.

Elle a les gestes sûrs d'une jeune reine,

d'une jeune mariée dans une salle claire parmi les visages tendres

      et amusés de ses cousins.

Mais nous, debout sous l'arbre,

nous qui ne pouvons sourire,

nous ne sommes pas seuls cette nuit-là.

Car frémissant dans l'adoration de cet épanouissement insolite,

cette quintessence de plusieurs jours et de tout l'être :

racines, fibres, nerfs,

nous sentons qu'à côté se dresse

le Temps.

 

 

 

Anna Świrszczyńska  

Cahiers bleus n°3, 1991

 

 

 

 

 

 

Augieras Petit arbre rond

 

François Augiéras

Petit arbre rond

Huile sur carton, circa 1957

 

 

 

 

 

13 mars      La branche d'amandier

 

 

 

De l'amandier tige fleurie,
Symbole, hélas ! de la beauté,
Comme toi, la fleur de la vie
Fleurit et tombe avant l'été.

Qu'on la néglige ou qu'on la cueille,
De nos fronts, des mains de l'amour,
Elle s'échappe feuille à feuille,
Comme nos plaisirs jour à jour.

Savourons ces courtes délices,
Disputons-les même au zéphyr ;
Épuisons les riants calices
De ces parfums qui vont mourir.

Souvent la beauté fugitive
Ressemble à la fleur du matin,
Qui du front glacé du convive
Tombe avant l'heure du festin.

Un jour tombe, un autre se lève ;
Le printemps va s'évanouir ;
Chaque fleur que le vent enlève
Nous dit : « Hâtez-vous de jouir ! »

Et, puisqu'il faut qu'elles périssent,
Qu'elles périssent sans retour !
Que les roses ne se flétrissent
Que sous les lèvres de l'amour !

 

 

 

COMMENTAIRE

 

    Un jour, en revenant de Terracine à Rome, je m'arrêtai à Albano. C'était au mois de février : les collines étaient roses de fleurs de pêchers et d'amandiers. Une jeune fille de Laricia, village voisin d'Albano, passa auprès de moi ; et, détachant de sa tête une couronne de ces fleurs que ses compagnes lui avaient tressée, elle me la jeta en me souhaitant bonheur. Elle était plus belle que ce printemps et plus rose que ces fleurs. Je pris le rameau en souriant, et je l'attachai à la voiture.

    Le soir, j'écrivis au crayon ces strophes. Arrivé à Paris, je les donnai à une charmante jeune femme, pour qui ces vers furent un triste présage : elle mourut dans l'année. C'était madame de Genonde.

 

 

Alphonse de Lamartine

Œuvres

Éditions Lemerre

 

 

 

 

 

Mireille - La vision du poete

Mireille - La vision du poète  

Carte postale

Original au Museon Arlaten, Arles

 

 

 

 

 

 

12 mars      Pour tout vivre sans fin 

 

 

J'ai su que toute parole

était recueillement
lorsque j'ai vu la danse des fleurs,
le corps des fruits,
le livre ouvert du feuillage.

Vert si proche
que mon regard s'embue de rosée,
vert ami
où s'enracine ma joie.

La foi brute est ce goût d'herbe
sur la langue,
et l'heure qui saignait
réapprend la souche du jour.

L'arbre écoute.
Tapi contre le cœur de l'oiseau.

L'arbre écoute.

La vie est là.
La parole est là.

J'esquisse une demeure
où poser sa faim, sa fatigue.

Avec du ciel dans les yeux
j'attends que revienne
la nudité première.

Instant de beauté crue.
Pour tout vivre sans fin.

 

 

 

 

Brigitte Broc

 

 

 

 

 

 

11 mars

 

Photographie : ETIENNE

Artmajeur

 

 

Un alphabet magique Un magico alfabeto

Parler des cerisiers

éclatants de juin,

de l'abondance de trilles

que leurs troncs soutiennent,

de leur verdeur rayée

par des vols en point de piqûre,

de cette beauté faite

de feuilles, de ciel, de cerises,

de soleil et de musique ; mais

sans parler ni de cerisiers

ni de juin ni de la

multitude des trilles :

parlant de ta vie

(qui est la vie), disant

ton cœur (qui est tous

les cœurs) en

un alphabet magique

de cerisiers et de juins.

Hablar de los cerezos

encendidos de junio,

del congreso de trinos

que sus troncos sostienen,

de su verdor rasgado

por vuelos en pespunte,

de esa hermosura hecha

de hojas, cielo, cerezas,

sol y música; pero

sin hablar de cerezos

ne de junio ni de la

multitud de los trinos:

hablando de tu vida

(que es la vida), diciendo

tu corazón (que es todos

los corazones) en

un mágico alfabeto

de cerezos y junios.

 

20-XII-84

Curso superior de ignorancia

 

 

Miguel d'Ors

Poésie espagnole 1945-1990

Anthologie par Claude de Frayssinet

Actes Sud, 1995

 

 

 

 

 

 

10 mars     L'arbre et le soleil

 

L'arbre et le soleil

                ne font plus qu'un

 

le soleil d'écorce

                     emporte sa flamme

jusqu'aux dernières aiguilles du pin

                flambant dans le bleu absolu

                                      devenu feu

 

c'est l'arbre-soleil

           avec ses branches éclatantes

                                        de soleil noir

      ses aiguilles-soleil

                     ses racines-soleil

sa sève sa nuit

                           ruisselantes de soleil

 

        beauté

                foudre vivante

        plantée en un lieu

 

impossible à rejoindre

                       défendue par le feu

 

               absolument isolée

 

je la regarde d'une autre rive

          et pourtant la reconnaît

                    à l'instant

                                     où elle m'aveugle

 

nuit adorable de ce monde

                     beauté sans feu ni lieu

 

dont le désir

                         bienheureusement

            me garde séparé.

 

 

 

 

 

Jean Mambrino

Sainte Lumière

Desclée de Brouwer, 1976

 

 

Zao Wou-Ki

 

 

 

 

 

 

mars    La beauté

La beauté soudain

        fait silence

dénoue les mains

         dessille les yeux

Un visage un ciel un arbre qui danse

Splendeur muette     vibration

         De vie autre

La beauté parfois

        nous méduse

 

 

 

 

 

 

Jacqueline Saint-Jean

Solstice du silence

Éditions Alcyone, 2017

 

 

 

SG