28 janvier 2019 1 28 /01 /janvier /2019 11:30

 

C'était dans la grande monotonie des bois,

Je suivais tout joyeux les traces du Démon,

Que pourtant je savais ne pas être un vrai dieu.

C'est juste à l'heure où le jour commençait à baisser

Que j'entendis soudain l'appel que j'attendais ;

Je ne l'ai jamais plus, jamais plus oublié.

 

Ce cri derrière et non pas devant moi,

C'était un cri très sourd, mais à demi moqueur,

Tel le cri de quelqu'un qui ne croirait en rien;

Le Démon avait quitté sa bauge pour rire

Et tout en allant il frottait ses yeux fangeux ;

Je savais bien ce que le Démon voulait dire.

 

Jamais je n'oublierai son grand éclat de rire.

Je fus honteux de m'être ainsi laissé surprendre.

Je ralentis le pas et fis alors semblant

De rechercher quelque chose parmi les feuilles

(Bien que sans doute il ne fût pas resté pour voir.)

Depuis je m'asseois toujours le dos contre un arbre.

 

 

 

 

Robert Frost

Par Roger Asselineau

Pierre Seghers Éditeur, 1966

 

 

 

 

 

The Demiurge's Laugh

 

 

It was far in the sameness of the wood;
    I was running with joy on the Demon's trail,
Though I knew what I hunted was no true god.
    It was just as the light was beginning to fail
That I suddenly heard all I needed to hear:
It has lasted me many and many a year.
 
The sound was behind me instead of before,
    A sleepy sound, but mocking half,
As of one who utterly couldn't care.
    The Demon arose from his wallow to laugh,
Brushing the dirt from his eye as he went;
And well I knew what the Demon meant.
 
I shall not forget how his laugh rang out.
    I felt as a fool to have been so caught,
And checked my steps to make pretence
    It was something among the leaves I sought
(Though doubtful whether he stayed to see).
Thereafter I sat me against a tree. 

 

 

Robert Frost

A Boy's Will

1915

SG