27 décembre 2018 4 27 /12 /décembre /2018 16:00

 

 

Mystérieuse terre,

Ô ciel, tu refuses les feuilles

Où se corrompt le clair été.

 

Mais à l'éternelle, forêt

les labours éreintés implorent

Une pâture de lumière.

 

 

 

 

                    I

 

 

Point de nid qu'à l'aurore

La forêt ne découvre désert.

Des sillons infinis tourbillonnent

Au delà de l'orée

— Qui es tu ?

 

Rien que des faces éphémères

Ont paré l'automnale durée.

 

 

— Qui es-tu ?

 

Et l'ange qu'embaume la terre

Cherche, d'une main sage,

Sa figure dorée

Sous le feuillage humide de ses ailes.

 

 

 

 

 

                    II

 

 

— Celle dont aucun jour n'a fait s'épanouir

Les paupières ensevelies...

 

Les saisons opiniâtres

Avaient pourri sur la graine rebelle.

Nulle cime promise

Au vent : l'averse de l'automne

Avait souillé la chair indifférente.

 

 

— J'ai soulevé ce tronc morose

Qu'appelle ton baiser.

Quel sommeil sûr s'obstine à s'épaissir encore

La sève qui ruisselle et m'ensanglante ?

Est-ce en vain que j'élague

Cette gorge écumeuse et touffue ?

 

Aime-moi :

Parmi la forêt vague et nue,

Qu'éclate un feuillage étranger !

 

La nuit pourra monter de ma chair souterraine

Et mes rameaux s'enraciner dans l'ombre :

J'ignorerai les plaines naufragées,

Unique espérance feuillue

Qui, vers ton ciel avide et sombre,

Tendra sa face extasiée.

 

La campagne houleuse

N'entendait plus vivre les morts.

 

Le nuage ni la lumière

N'écumaient dans le ciel.

 

À la dérive, l'arbre vivant

Songeait à tous ses fruits perdus.

 

 

 

 

 

                    III

 

 

 

— Qui es-tu ?

 

L'ange, dont tu ouvres les ailes

Au bord de l'extrême labour,

Te découvre, étrangère,

Ta chevelure et ta bouche anxieuse.

 

— Qui es-tu ?

 

Et te voici qui suscites un jour

Ignoré, la robe lisse

De ta chair, la source, la scabieuse,

Un sein déjà plus lourd que boivent les fougères...

 

— Qui es-tu ?

 

Et tes lèvres frémissent

 

 

 

 

 

                    IV

 

 

 

— Celui qu'a consumé une moisson d'ivraie

Dans la nuit pure de l'été.

 

Point de vivante graine

Pour qu'éclose l'eau vive

En ce sol épuisé.

 

Ruisselante espérance,

J'ai trop longtemps imploré la nuée

Qui eût baigné le guérêt misérable.

Pourquoi venir ? Pourquoi la pluie ?

Vois ma chair dévorée

Que l'admirable automne

N'a point jonchée de fruits !

 

L'aride fleuve en vain boit les marées.

 

Abandonneras-tu une première larme ?

N'écoute point, ni la plainte des morts,

Ni le désir des racines stériles.

 

Pleure. Dans l'aurore,

Les germes les plus limpides

Méditeront une éteule serrée.

Et les sillons fumants fléchiront vers le Nord

Qu'ensemence l'Ourse infaillible.

 

L'arbre n'espère plus

Ni la lumière de l'aurore

Ni la sève égarée.

 

Et tes astres, ô ciel,

Autant de fruits stériles

Dans la ramure de novembre.

 

 

 

 

 

                    V

 

 

Il a suffi d'une aile dénouée

Pour nous reconnaître.

 

Ô visages inaltérables,

Lèvres élues pour le cantique de l'été,

Vers votre lumière céleste,

Voici l'élan de la poussière,

La cime bondissante...

 

J'ai trouvé l'ombre

Éternelle de la ramure.

La chair ne s'effeuillera plus...

Ô femme neuve

Que rudoie doucement l'étendue,

Mes jachères les plus lointaines

Ont découvert dans ta feuillée

Leur parole divine.

 

L'automne vain peut assombrir

La plaine travaillée :

Captif de nos membres touffus

Et du verbe de notre amour,

Le ciel murmure un feu subtil et sûr,

Le doux ciel sans étoiles,

Abîme étale et bleu du jour,

Incorruptible azur où songe

L'ange mystérieux.

 

 

 

 

 

 

Gaston Compère

Lux Méa

Anthologie poétique et arbitraire (1952-2004)

Maëlstrom Éditions, 2004

SG