12 septembre 2018 3 12 /09 /septembre /2018 10:50

 

Voici la verdure profonde

Et frissonnante des forêts.

Plongeons-nous-y comme dans l’onde

D’un bain fortifiant et frais.

 

Sentiers où bleuit l'ancolie,

Sentiers herbeux fuyant sous bois,

Je redeviens jeune et j’oublie

Mes cinquante ans, quand je vous vois !

 

Ma chanson a trempé son aile,

Ô bois ombreux, dans vos ruisseaux

Et si quelque charme est en elle,

Elle le doit à vos oiseaux.

 

Ainsi qu’une nourrice antique,

Dans un beau rêve traversé

De poésie et de musique,

La grande forêt m’a bercé .

 

La magnifique souveraine

Du vert royaume forestier

En tout temps prodigue à main pleine

Ses largesses au monde entier.

 

Elle nourrit l’homme et l’abreuve ;

Sans se lasser elle produit

La petite source et le fleuve,

La feuille, la fleur et le fruit.

 

Son ombre, quand l'été flamboie,

Rafraîchit et parfume l’air ;

Elle donne chaleur et joie

Aux foyers des maisons, l’hiver.

 

S’il faut qu’un jour la forêt meure,

La terre perdra son orgueil

Et sa beauté ; — ce sera l’heure

Suprême du vieux monde en deuil.

 

 

 

 

André Theuriet

Poésies 1874-1894

Lemerre

SG