22 août 2019 4 22 /08 /août /2019 13:01

 

Il n'y a pas de différence entre la texture des mots

(je dis bien des mots, et non du tissu ou du cristal)

et l'impression que la surface de certaines feuilles

laisse sur les doigts : je me réfère à des feuilles comme celles des   

platanes, des peupliers, et aussi des

cyprès. L'impression se transmet à l'âme,

ou à ceci, qui, en nous porte ce nom, et nous mène

vers un décor étrange d'idées et d'ombres où,

comme dans la caverne du philosophe, on ne voit pas la lumière

entrer : comme en songe, tout vibre dans le cœur

de l'obscurité. Alors, d'un geste brusque, j'arrache

ces feuilles. Pourtant, sur le sol, séparées de leur branche,

elles ne me disent rien, sinon que, dans le dictionnaire,

il est écrit : organe souvent en lame mince de couleur verte des plantes

à fleurs ou phanérogames...

 

 

 

 

Nuno Júdice

Un chant dans l'épaisseur du temps

suivi de Méditation sur des ruines

Traduit du portugais par Michel Chandeigne  

Gallimard, 1996

  

SG