8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 07:15

 

    Que je vois l'arbre unique dans l'horreur splendide du désert. Homme, il faut que tu montes jusqu'au soleil : ce n'est pas le soleil qui peut descendre à toi.

    Que le corps de la solitude soit de sable infini et d'os qui chante dans la peau rousse des pierres. Que je prenne racine sous le feu, et que je pousse tout entier dans la tige, droit comme la flèche de midi, comme le fil d'or qui tombe du point fixe, quand Phœbus architecte lance sa perpendiculaire dans les espaces plans, et mesure ce que valent les mondes pour ouvrir un temple de vie.

    Sous l'écorce qui sue la tendre  gomme des pleurs, que je sois l'aubier de diamant, et la moelle du jour dans la colonne indestructible. Toute sève qui fuse et qui remonte, aussi droite que l'alouette, de la terre à sa source céleste, que je sois ce jet et rien d'autre ! Point de rameaux, point de bras repliés, pas une feuille puérile et pas un nid !

    Désert, je te désire, richesse stérile, or vierge, océan en paille, œil roux de la sainte Asie, toi qui te tais dans l'extase, devant la face auguste, peau du silence hérissée de sables, chair de poule au regard de tigre.

    Ô calme, calme, calme !

    Calme comme la lumière, qui est le cri de la fusion, ce son de la trompette qui tient la note éternelle. Si intense et si pur qu'on ne l'entend plus dans les marées de l'espace, parce qu'il est la substance, la forme et la matière, l'instrument et l'ouïe. Dieu n'agit dans l'homme que par l'homme. Lumière, lumière en tout ! Le rayon solaire est l'atome de l'atome, l'ovule de la matière. Que l'esprit de l'homme le féconde !

    Sérénité, palais supérieur, il faut que je monte à la terrasse impériale, séjour d'été au royaume de la fuite, sérénité, vœu de toute ma vie, plan parfait où rien ne rappelle plus ce que l'on quitte. Je rêve la sérénité solennelle du soleil sur les murs de ce qui fut Babylone, et de porter jusqu'à toi, dans les hauteurs, ma vie comme un fruit unique, pour ta bouche, abîme de la clarté.

    Là-bas, être libre de grandir, dans le saint Sahara de Mésopotamie ! Je serai le doigt végétal qui monte des siècles ensevelis et de l'immense silence, par-dessus le taureau ailé et hagard, le bras dressé de Ninive. Nu dans la nudité de la fatale plaine, je porterai le pétase du ciel, qui du matin au crépuscule reculera plus loin de la terre, avec l'ascension de ma tête. L'arbre tout de flammes au soleil, qui ne sent plus le vent ni la tempête dans ses branches, ayant péri dans la fétide contrée des hommes, je vais ressurgir du ventre de la mère, couchée entre les fleuves. Et même plus un arbre ! Que je ne sois pas celui qui dispute l'espace au soleil.

    Mais que seul enfin, le palmier de la lumière emplisse tout l'univers avec ses mains d'or, ses paumes de rayons. Qu'il soit le jet qui brûle, ce qui est feu, le centre avec toute sa gerbe ! Tout n'est, lumière, que pour la lumière. Et là-dessous, fais ton œuvre, pensée éternelle ! Mûris, sérénité ! Ô calme, calme de la lumière !

 

 

 

 

 

André Suarez

Bouclier du zodiaque

Le cherche midi éditeur, 1993

SG