26 février 2021 5 26 /02 /février /2021 08:41

 

 

Ferdinand Chaigneau

Musée des beaux-arts de Rennes

 

 

 

    Ce crépuscule est bien un feu qui s'est allumé sans bruit dans les arbres, cependant qu'à leurs pieds l'herbe devient peu à peu de l'ombre, de la nuit. (C'est là que l'on pourrait trouver les abreuvoirs pour les disparus, leurs berceaux, leurs litières.) Cela brûle donc sans crépiter dans les arbres, c'est plutôt de l'or épars et un tremblement de bougies ; ce sont plutôt, pour un moment, des candélabres. Là au-dessus, le ciel s'épanouit en pétales à peine jaunes. Il m'apparaît soudain, au-dessus de ce socle ouvragé, immense. Jamais sans doute je ne l'avais vu aussi vaste, aussi grand ouvert. Toute la place qu'il y a là pour le regard, pour le souffle ! Assez d'espace pour que tous les morts s'y retrouvent sans étouffer, à jamais.

 

 

 

 

Philippe Jaccottet

Après beaucoup d'années

Gallimard, 1994

SG