31 janvier 2018 3 31 /01 /janvier /2018 12:00

 

 

 

Arbre depuis toujours

près du ruisseau dans la plaine

reprenant les grands chants de mer

et le patois des lavandières.

 

Venaient dormir dans les racines

hommes et femmes des cultures,

les musaraignes et les chats,

après les guerres de famille.

 

Sur le tronc qui monte au ciel

on lisait les signes rêveurs

qu'inscrivirent les amants,

les éclats d'obus, les couteaux

des voyageurs insensés.

 

Les branches d'hiver portaient

les nuages comme des enfants.

Elles fuyaient au haut des neiges

et elles redescendaient

dans l'attente la plus fidèle.

 

Les feuilles furent des points d'or

invisibles, puis éclatants,

perdus dans les nombres de lumière,

flottilles des longs jours de paix.

 

Un soir tous les oiseaux

naquirent au cœur de l'arbre

et peuplèrent la contrée

de nouvelles batailleuses.

 

Un soir tous les oiseaux

firent l'annonce de l'orage.

Ils laissèrent flamber leurs cœurs

et partirent pour l'océan.

 

Un soir l'arbre mourut

s'abattit et devint

plus grand qu'il fût jamais

sur la terre étonnée,

et le renard pleura.

 

André Dhôtel

Illustration par Camille Claus

Élan, 1964

SG