14 décembre 2017 4 14 /12 /décembre /2017 18:48

 

Un soleil jeune, éternel nouveau-né,

Se vautre avec moi dans la neige étale.

Père dit : Fils, il nous faut ramener

Du bois de la forêt. Et l'on attelle

Notre poulain gris-argent au traîneau.

La hache luit. Le jour neige-flamboie,

Déchiqueté par les soleils-couteaux.

L'haleine est d'étincelle qui poudroie.

On traverse la steppe aux ours dormants, la toile

Que le soleil tissa. La neige est tintement

Qui nous poursuit. Hier semées les étoiles

Au repos semblent geler instantanément.

 

 

Forêt. Lueur d'éclair aux branches sèches.

Fuite du loup, haleine qui souffla.

Et le mutisme en moi lance la flèche

De son écho dont me brûle un éclat.

Et toute neige est clochette de glace,

Dès qu'on l'effleure un son y retentit,

Son multiplié sitôt qu'il se casse.

Sous mon abri de neige un renard tout petit

Pointe soudain la langue puis se cache

Ne crains rien, renardeau ! Mon dos se chauffe au feu

De braises crépitant, j'attends que sur la hache

Du père le soleil s'éteigne peu à peu.

 

 

Retour chez nous dans la hutte paisible,

Mon âme encore errante en la forêt

Qui la protège et lui offre l'asile,

De ses rayons la réchauffe en secret.

De leur chanson me couronnent les astres

Que le vent souffla. Et l'on pleurerait

En leur honneur jusqu'à ce que s'efface

Le dernier arbre au fond de la forêt.

Branches, troncs coupés restent dans la neige.

La voix du père alors m'éveille : Allez !

En traîneau la lune nous fait cortège

Jusqu'à notre maison dans la vallée.

 

 

 

 

 

Avrom Sutzkever

Où gîtent les étoiles

Traduction du yiddish par Charles Dobzynski

Seuil, 1988

SG