21 novembre 2017 2 21 /11 /novembre /2017 15:13

 

À travers champs, à travers bois

   Et par-dessus les murs je suis allé ;

Je suis monté sur les collines

   Pour observer le monde, et j'en suis descendu ;

Je suis rentré à la maison par la grand-route,

   Et voilà, c'est fini !

 

Sur le sol toutes les feuilles sont mortes,

   Sauf celles que garde le chêne

Pour une à une les rouler

   Et pour qu'elles se glissent en grattant,

Là sur la croûte de la neige

   Lorsque les autres dorment.

 

Les feuilles mortes gisent, mêlées et tranquilles,

   Et qu'on ne souffle plus de-ci, de-là ;

Le tout entier aster a disparu ;

   Les fleurs de l'orme blanc se fanent ;

Le cœur aspire toujours à partir,

   Mes les pas demandent : « Vers où ? »

 

Ah, quand au cœur de l'homme

   Fut-ce donc moins que trahison

De suivre ainsi le cours des choses,

   De céder avec grâce à la raison,

De saluer et d'accepter la fin

   D'un amour ou d'une saison ?

 

 

 

 

Robert Frost

Anthologie de la poésie américaine

par Alain Bosquet

Stock, 1956

 

 

 

 

 

 

 

 

Reluctance

 

 

Out through the fields and the woods

   And over the walls I have wended;

I have climbed the hills of view

   And looked at the world, and descended;

I have come by the highway home,

   And lo, it is ended.

 

The leaves are all dead on the ground,

   Save those that the oak is keeping

To ravel them one by one

   And let them go scraping and creeping

Out over the crusted snow,

   When others are sleeping.

 

And the dead leaves lie huddled and still,

   No longer blown hither and thither;

The last lone aster is gone;

   The flowers of the witch hazel wither;

The heart is still aching to seek,

   But the feet question ‘Whither?’

 

Ah, when to the heart of man

   Was it ever less than a treason

To go with the drift of things,

   To yield with a grace to reason,

And bow and accept the end

   Of a love or a season?

 

 

 

Robert Frost

SG