24 novembre 2017 5 24 /11 /novembre /2017 14:01

 

Je les vois : foule à foule ils parcourent la terre,

Arbres secs dont le vent n’arracha pas les feuilles ;

Et dans leur nudité ils trouvent l’allégresse,

Ils affrontent tout nus les rigueurs de l’hiver ;

Dans leurs branches qui craquent la sève est tarie

D’où surgissaient feuilles et fleurs toutes brillantes ;

Leur cœur ne connaît plus le Dieu vivant qui donne

Le printemps à l’année en attente. Et ils miment

La vie, comme s’ils Lui dérobaient sa santé

Pour en peindre leur joue livide ; et ils empruntent

Des mots pour les pensées qu’ils ne peuvent sentir,

Leur langue semble ainsi parler avec le cœur ;

Et dans leur jeu de vie ils vivent bien plus morts

Que ceux qu’avec des pleurs ils donnent à la terre.

 

 

 

Jones Very

Anthologie de la poésie américaine

par Alain Bosquet

Stock, 1956

 

 

 

 

 

 

The dead

 

 

I see them,—crowd on crowd they walk the earth,

Dry leafless trees no autumn wind laid bare;

And in their nakedness find cause for mirth,

And all unclad would winter’s rudeness dare;

No sap doth through their clattering branches flow,

Whence springing leaves and blossoms bright appear:

Their hearts the living God have ceased to know

Who gives the springtime to the expectant year.

They mimic life, as if from Him to steal

His glow of health to paint the livid cheek;

They borrow words for thoughts they cannot feel,

That with a seeming heart their tongue may speak;

And in their show of life more dead they live

Than those that to the earth with many tears they give.

 

 

Jones Very

SG