8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 07:02

 

Sombre et tavelé
Dans la haie, appuyé à la ruine
Ou au bord du ruisseau
Sur le bord du fossé
Voici le sureau
Dont le feuillage, dit-on
Exhale une odeur sure

 

Accroupi dans un recoin de mon enfance
Noueux et cassant
Plus buisson ou arbuste qu’arbre
Celui-ci ne vous donnera
Ni bois de chauffage
Ni planche, ni piquet

 

Ami de l’ortie et de la ronce
Il est de ces voisins
À qui l’on n’accorde pas un regard
Même, on le bafoue
Le bouscule, le rabat
Le fermier le soir
Pisse dessus sans se gêner
Reste-t-il indifférent
À ces mauvais traitements ?

 

Pourtant, au printemps, son offrande est
D’ombelles de fleurs blanches
Semblables à de minuscules étoiles
Leur parfum agrémentera une limonade
Ses grappes de fruits d’un violet
Presque noir, crues sont à éviter
Mais cuites : sirop et délicieuse gelée

 

Poison dans l’écorce, poison dans les feuilles
Pas dans les fruits
Et propriétés médicinales
À remplir un manuel de pharmacopée
Que fait-il de ses nuits ?

 

On sait qu’il a un cousin plus maléfique
Le sureau hièble dont les baies sont toxiques
Mais qui n’est guère plus qu’une herbe

 

Notre nain cache en ses branches
Légères et creuses
Une moelle surprenante
Qui aurait jadis servi de mèche
Pour lampe à huile

 

Mais qui gratte la vitre
Dans l’obscurité
De son doigt griffu ?

 

Ami des oiseaux
Comme en témoignent
Les fientes blanches
Qui strient ses feuilles
À la saison des fruits
Il fait voyager ses graines
Dans les boyaux
De ses hôtes ailés

 

Il n’est pas du bois dont on faisait
Les violons ou les guitares
Mais de petits jouets,
Lance-pois ou sarbacanes
Chalumeaux, dont il tient son nom
Sambucus nigra, du grec sambuké
Flûte ou harpe
Ses humbles sifflets, ses mirlitons
Inspirent ma versification

 

Mais ce gnome aurait aussi
Une face obscure
S’il s’appelle sureau noir
Ce ne serait pas seulement
À cause de ses baies

 

Qui hante la cour
À la nuit tombée ?
Et fait pleurer le bébé ?

 

Son autre nom : arbre de Judas
Car l’apôtre félon se serait pendu
À l’une de ses branches
Dès lors, il aurait rétréci, flétri
Serait devenu pernicieux

 

La métamorphose explique tout
Qui voudrait se pendre
Aujourd’hui à un sureau
Risque surtout de briser la branche
Sans tomber de haut

 

Quoi ce serait, à deux pas de notre maison
Un arbre sorcier, véritable vampire ?

 

Dans le nord de l’Europe
On assure qu’il dissimule
Un esprit féminin, maman sureau
Qui venge cruellement toute mutilation
Exercée contre lui
En conséquence,
Surtout pas de berceau
Ni de boiseries en sureau
Dans la chambre des enfants…

 

Un coup d’une branche de sureau
Apporterait la maladie ou la mort
Aux gens comme aux bestiaux

 

En tout cas,
La légende veut aussi
Qu’en quantité homéopathique
En bâtonnet ou en fleur
Il repousse les maléfices

 

La sieste sous son ombrage
Donnerait des rêves étranges
Dont on ne revient pas toujours
Pays des fées, dialogue des morts
Puis sa baie, mêlée à l’alun
Et à la gomme arabique
Produit une belle encre
Qui permet de les noter

 

 

 

Jean-Baptiste Evette

www.jean-baptiste-evette.fr

SG