4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 08:47

 

Je voudrais, dit l’enfant,

Lorsque l’été finit

M’asseoir sous un arbre

Recouvert de fruits d’or.

Ils tomberont sur moi

Des pieds jusqu’à la tête

Et je m’endormirai

Au milieu des trésors

Comme un prince comblé

Un soir de fête.

 

Je voudrais au printemps,

Dit une jeune fille à son amant,

M’allonger sur la terre

Quand les pétales tombent.

Comme Ophélie

Bercée par leur chute légère

Je flotterai

Pure, immobile à tout jamais

Ainsi qu’un songe d’éternité

Muré dans une vivante tombe.

 

Je voudrais, dit un homme las,

M’asseoir sur un tas

De feuilles ratissées par l’automne

Et le vent, en passant,

En fera sur moi pleuvoir des tonnes.

Ni les oiseaux dégringolant des branches

Ni les feuilles remontant au sommet

Ne sauront m’étonner,

Silencieux et déjà absent

Je resterai là, indéfiniment

Sans que nul ne s’en aperçoive.

 

Je voudrais lorsque viendra l’hiver,

Dit un vieillard aux cheveux de cendre,

M’abriter dans la neige sous la croix

D’un arbre foudroyé.

Enseveli par les mains de décembre

Aux cris du requiem chanté par l’ouragan

 

Je reposerai

Veillé par le silence

Je reposerai

Jusqu’à la fin des temps.

 

 

 

 

Meery Devergnas

Reflets dans le Miroir

Montréal, Éditions de la Marquise

1985

 

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