17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 16:32

 

Donnez-lui une cupule, un gland
Le petit littérateur rimaillera gentiment
Mais face au chêne, grand
Devant le chêne, sous ses branches
Un scrupule le prend
Il ferait presque la révérence
Le silence se fait

 

Le chêne, pas d’affinités
Avec le mot
Plutôt mutisme
Traversé de souffles, de bruissements
Le chêne ne bavarde pas, n’affabule pas
Ses murmures, on en a l’intuition, sont sacrés
Autant qu’ardus à interpréter
Si son écorce et son bois rude
Habillent un esprit dryade
À la peau douce
Elle ne parle pas notre langue

 

Comme d’autres géants
Son évidence n’a pas de nom
Car il est
Il est plus évidemment que nous ne sommes
Plus durablement aussi
Plus rugueux, plus grenu, plus robuste, plus ramifié
Davantage et mieux
On ne le présente pas
Car il est déjà là, toujours
Son front fait fi des couronnes
N’a pas besoin de lauriers
Tout simplement il règne

 

Il triomphe, innommé
Même si l’on s’enfonçait dans les racines
Fouillait les généalogies
Cassanos, quercus, robur, drus ?
S’il eut jadis un nom
Ce mot est devenu synonyme d’arbre
Perplexité au chêne
De quel bois je me chauffe ?
De quel bois je suis fait ?
De quel bois fut construit le navire Argo
Qui conquit la toison et devint constellation ?
De quel bois la lance roide ?

 

Qui aurait pu saisir ses cheveux
Plier son col
Lui tremper la tête dans l’onde
Pour le baptiser ?

 

Si enfin le littérateur se tait
Le silence sera-t-il chêne ?

 

 

 

 

Jean-Baptiste Evette

www.jean-baptiste-evette.fr

SG