26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 17:23

 

J'ai vu le chêne sacré, gardien d'orage et de justice, cacheur d'oiseaux et de fées, cacheur d'aurores très anciennes, je chante le vieux chêne des routes de poussière.

 

Aux soirs des plus hauts étés, dans le suspens où montent les ténèbres, Merlin parle encore dans son ombre et Viviane a des palais sous sa ramure.

 

À leurs pas lumineux s'offre une mousse plus fine que poil de taupe.
J'ai embelli le monde aujourd'hui, dit Merlin, j'ai coloré des pommes dans les vergers,

 

Mon regard a mûri les froments et j'ai tendu cette paix mauve sur les toits des villages ; ô bien aimée, ouvre-moi tes châteaux.

 

Viviane entend et des voiles se forment. On voit tourner un portail de buée, on voit Merlin baiser une main d'or.


Mais l'arbre est seul à savoir les battements de ces cœurs.

 

Un chevreuil blanc viendra goûter l'herbe qui pousse entre ses racines, un chevreuil blanc viendra lisser son pelage à l'écorce.

 

Je chante l'arbre légendaire. Je dis qu'il règne et qu'il est père de ces champs et de ces collines ;

 

Le ciel qui passe avec son front rapide a fait le signe et le grand chêne a répondu de tout son lourd feuillage.

 

Ici fut scellée l'amitié, ici la parole fut dite, ici l'anneau fut échangé, ici la coupe fut vidée, ici fut jeune une antique chanson.

 

Qui sait aimer cet arbre est aimé du silence.
Et l'oiseau bleu qui vit en ramée couve jalousement la légende future au goût de sève et de rosée.

 

 

Norge

Œuvres poétiques

Seghers, 1978

SG