13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 17:45

 

Épuisé de sa journée, le vert
fait grimace
tout au fond des carrières arides.


Il se rappelle la joue de la forêt,
comment bourdonnent les elfes en rangs serrés

qui ont le baiser facile,
la prière d’âge nu sur les mousses
et son nectar.


La vie va vite derrière le verger,
sur le carré d’herbe où l’on essuie déjà les traces

des rendez-vous, à bruits de tôles et de marteaux-piqueurs,
vite sur l’accoudoir blême où s’appuient les morts
qui ont troqué leur tapis volants
contre des urnes.


En ville, on parlemente avec
la feuille qui sait qu’elle n’attrapera jamais le ciel.

Un lierre rebelle se met à invectiver le jardinier
devenu pesticide.

Mais le vert ne trouve aucune raison
pour que le monde passe son tour.
 

Il attend obstinément de naître,
de naître encore,
et qu’on apprenne à épeler son nom
en broutant dans un feu d’herbe rare.

 


 

 

Dominique Sorrente

C’est bien ici la terre
MLD édition, 2011

SG