26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 16:27

 

Ma tête et mon poignet sortent d'un arbre rouge

Feuille à feuille gravé par un chinois du port,

Les femmes de Marseille ont rafraîchi leur bouche

Au feuillage touffu qui me couvre le corps

 

Si je laboure avec mes muscles et mes rames

Une mer dont l'eau morte est un bitume bleu

La sueur qui sur moi verse de lourdes larmes

Ressemble à la résine au flanc des pins huileux

 

Mes bras chargés d'oiseaux, le nombril de mon torse,

Mon ventre où le tronc large imprime son écorce

Mes jambes par qui l'arbre au bateau s'enracine

 

Me font captif d'une autre et fabuleuse vie

D'un monstre qui me vêt, me suce, m'assassine

Lorsque la terre est loin et qu'il en a envie

 

 

 

 

Jean Cocteau

Œuvres poétiques complètes

Gallimard, 1999

 

SG