31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 15:59

 

— on n'abat que les arbres qui

gênent les plus forts.

— la loi est la même pour les

hommes

 

           — l'homme a

          des oreilles. pas l'arbre.

           — mais l'arbre

          écoute. pas l'homme

 

— l'homme a deux poumons. pas

l'arbre.

— l'arbre est un poumon. pas

l'homme.

 

           — à quoi lui sert de

          vivre s'il doit être

          immobile ?

           — ce n'est là

          qu'illusion :

          l'arbre marche la nuit.

 

— l'homme aussi tient debout.

— mais l'arbre jamais ne plie.

— c'est vrai : l'homme parfois se penche

et se gratte la cheville.

 

           — l'homme voyage, pas l'arbre.

           — l'arbre voyage : les oiseaux

          lui disent tout.

 

— l'homme pour faire l'arbre,

se met la tête à l'envers.

— l'arbre n'a nul besoin

de faire l'homme.

 

          l'arbre

          à l'étroit dans sa gangue

se sent chrysalide

 

l'homme ébrouera

son envie de papillonner

au premier coup de hache

 

c'est quand l'homme arrive

                    hache à la main

                    que la forêt

          se sent aux abois

 

c'est quand l'homme est pressé

que la forêt

vengeance

lui assène une volée de bois vert

 

          il reste dans l'arbre assez de sève :

          il attend, suicidaire, que le fer le délivre

 

le lieu est là

marqué d'une souche

 

que l'homme s'épuisera

à vouloir effacer

restera la cicatrice

 

          l'arbre avale sans maudire

          les sourds coups de cognée

          que l'homme lui assène

 

il lui rendra bien

quand, assis,

la chaise se brisera

 

 

 

 

 

Jacques Fournier

(Arbrures © l'épi de seigle, 1994)

Les Riverains du feu

Anthologie par Christophe Dauphin

Le Nouvel Athanor, 2009

SG