7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 11:43

 

Viens voir la nuit. Les princesses mortes revivent.

N’entends-tu pas crier les feuilles sous leurs traînes ?

Et ces flambeaux d’or sur le chemin de la reine ?

Ils sont portés par les pages bleus qui la suivent.

 

Tu ne te doutais pas qu’il fut ainsi ce parc,

Et tu faillis jeter au puits la clef rouillée.

Oh ! regarde, voici passer les chevaliers

Croisés de lune. Ils s’en vont mourir quelque part.

 

Mais rien ne meurt dans ces murs noirs. Une ombre passe,

La grille est entrebâillée. Elle entre : personne.

Des tombes sous les pas. Cette ombre prend la place

Et le rêve est le même.

 

                                Entends. Je le chantonne

Comme l’autre mais il est bien plus douloureux

Car j’ai le souvenir de ceux qui en moururent.

C’est pour cela qu’il faut du noir dans tes parures

Et que parmi les lys j’ai mis des cyprès bleus.

 

 

 

 

Roger Vitrac

Dés-Lyre

Gallimard, 1964

SG