9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 08:02

 

Sur le pré la nausée d'un lourd feu de lilas,
Une pénombre de basilique œuvrant son ombre dans le bois.
Restait-il chose au monde pour les baisers de ces deux-là ?
Tout ce monde était leur chose, leur cire molle sous leurs doigts.

Et le songe était ce songe : on ne sommeille pas, on songe
Seulement qu'on est soif de songe, qu'un homme sombre
Dans le sommeil et que, sautant des yeux, deux sombres
Soleils ardent ses cils au long du songe.

Onde, tout rayon ! Onde, les fuyantes rondes,
Des lucioles ! sur les pommettes la canetille des libellules
Croisait son onde. Et le bois, redondant de diligentes
Lueurs, avait semblance d'horlogerie sous les brucelles.

Et la semblance était  : sous le tictac d'un cadran un bois sombrant
Dans le songe ; et, le temps de ce somme, sur un pic dans l'amer
Ambre on met à l'heure selon le temps
Qu'il fait la plus exacte horloge de l'éther.

L'horloge, on la mue ; on tortille les aiguilles ;
Il y a semaille d'ombre, jour qu'on débilite, vrilles
Forant pour que l'ombre, mât agressif, puisse
Dominer le cadran bleu quand le jour s'épuise.

La semblance était : l'antique monde boisé en joie est bois dormant ;
La semblance était : bois enclos d'un couchant de songes.
Mais ceux-là qui sont la joie ne regardent aucun cadran
Et ces deux-là, leur semblance est : seulement sommeil et songes !

 

 

 

 

Armand Robin

Le combat libertaire

Jean-Paul Rocher Éditeur, 2009

SG