11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 06:56

 

Le bois de noyers te révoque le jour,

Moussus, les soleils aux lisières se couchent :

Sur pile, verdâtre grenouille, ou vautour ;

Sur face, épaisseur, pourriture de souches.

 

Les touffes s'entrouvrent sur toi, mais pendant

Que tu t'accoutumes à leur farandole,

Le bois perd ses branches qui tombent en rang,

Les feuilles s'éclairent, l'oiseau, tel la yole,

Chantonne en écume et, coupant le chemin,

Dévore l'azur, périssoire plongeante :

Et passe... la sylve est muette soudain

Et garde les yeux sur la barque voguante.

 

Ô lieux où l'orage rejoint le sureau,

Brouillards encornés de lichens, paroxysmes

Où brûle, hébétant notre jeune cerveau,

Le mauve marais des défunts paganismes !

 

 

                                                       1917

 

 

 

Boris Pasternak

Ma sœur la vie et autres poèmes

Traduction sous la direction d'Hélène Henry

Gallimard,1988

SG