13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 17:36

 

Un peuplier feuillu

Interroge la terre

— Est-il vrai que je fus,

Cet hiver, dévêtu ?

Je ne m'en souviens guère,

Je ne m'en souviens plus.

 

Quand on est peuplier

Votre mémoire est brève

À peine votre sève

Est-elle au bas du pied

Qu'un espoir vous soulève

Prêt à se déplier.

 

On rêve à haute voix,

Le museau dans la lune :

Obole d'infortune,

Pâle aumône du froid,

Le mât de la grand'hune

Te repousse du doigt.

 

Oui, l'on sent que bientôt

Tout va changer : la gomme

Suinte aux bourgeons d'en haut.

Il pleut. Les doigts de l'eau

Secouent enfin le somme

Du plus tardif rameau.

 

Aux cycles de la vie

On est si bien lié

Qu'ainsi tout se délie.

Aux cercles de l'aubier

Tout renaît, tout s'oublie

Quand on est peuplier.

 

 

 

 

Pierre Menanteau

Œuvre poétique, tome IV

SOC et FOC, 2001

SG