5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 16:46

 

                                                    à la mémoire de Georges Brassens

 

Qui chante

où le silence est majuscule

du côté de l'hiver ?

Le vent ne bouge plus

la terre se retourne

pour écouter

le poème aux racines

 

            ***

 

Plus dans l'hiver encore

aux grelots d'un cyprès

l'écume du soleil

frappé en pleine course

 

            ***

 

C'est pour unir leurs souffles

pour en faire du vent

et des fleuves d'oiseaux

que les racines du cyprès

tenacement

essorent les morts

 

            ***

 

Cyprès chemin des pauvres

qui traînent leur lumière

aux racines des rues

 

Cyprès pour que le vent

leur tisse un ciel utile

 

Cyprès pour retenir

les étoiles qui tombent

 

            ***

 

La pointe du cyprès

où se tisse le ciel

le suaire du vent

traverse aussi le cœur

de la cité

 

Elle a perdu beaucoup de sang

jusqu'à la limite du soleil

 

            ***

 

Oui cette cohérence

à ralentir son ombre

au plus juste de soi

est-ce le vrai combat

pour le cyprès ?

 

            ***

 

Et là-bas le ressac

des tombes sur l'étang

 

ces oiseaux qui semblent

en ressusciter...

 

             ***

 

Ce cyprès dont la chair brûle

entre les os de la pierre

ce demi-dieu incinéré

par l'inaction des ombres

qui lui doivent d'errer

 

ce soleil blanc

sur le sommet de chaque mort

cette poussière vive

où s'écrit l'incassable

 

            ***

 

Plus que le vent du nord

pousse la terre un mort

qui continue de chanter

dans le cyprès de sa tombe.

 

 

 

 

 

Claude Albarède

Le vent se lève, il faut tenter de vivre

Recueil Collectif de Poètes Sétois, 1981

SG