24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 09:54

 

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Je te salue grand arbre

après la pluie d’orage,

enfant nouveau, lavé

de parole et de cris :

 

la brise maternelle

t’apprendra d’autres langues

que ces remous d’argile

montés jusqu’à ta bouche

 

avec les mots des morts

tout cela qui s’écoule

en rivière de boue

vers le plus bas des mers :

 

d’autres langues, solaires,

feuilles vastes et vertes

et qui tirent du ciel

leur source et leur lumière

 

des langues angéliques

baptisées par le feu,

langues nouvelles, fruits

mûrs sans chute annoncée,

 

qu’éventeront les brises

aux gorges du feuillage

en respiration large

animée d’oiseaux tristes

 

de n’être pas des anges

investis de bleu tendre,

mais de simples oiseaux

miraculés de l’aube,

 

simples oiseaux mortels

sans langage absolu

sans commune mesure

avec cette parole

 

dictée à voix de mère

au plus pur de l’arbuste,

hermétique à l’averse

et aux voix dans l’humus.

 

 

 

 

Lionel-Édouard Martin

Avènement des ponts

Tarabuste, 2012

lionel-edouard-martin.net

SG