22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 16:13

 

Un cyclone a détruit la forêt.

Dans le feuillage reluit la fumée

de larmes, de lys dans les brumes,

de feuilles d'automne et plumes nacrées.

L'obscur laurier de la gloriette

étincelle dans l'ombre verte, quiète,

et le chant murmurant des oiseaux

pénètre dans le feuillage fervent.

Impitoyable firmament ingrat,

pourquoi l'arbre mort ne s'imprime-t-il pas

sur l'infidèle souplesse de l'espace

où s'imprime la statue et le palais !

Divine joie ! Fontaine des jours !

Généreuses sources de bonheurs.

Les Euménides ont blessé l'âme

de cette forêt qui vécut dans la sérénité.

Au long du sentier d'or assombri,

je baise les hautes branches meurtries,

je regarde dans la boue les oiseaux morts,

les plumes brisées, les têtes rigides.

Sur la terre humide délictueuse

s'enlacent les grenades et la rose

et tremble l'agonie des feuilles.

Dans les ultimes bois rouges

de votre haute futaie, j'ai senti

battre un cœur frémissant ;

le même cœur fortuné

qui levait dans les branches un feston

ténébreux d'oiseaux : le maître

de la nature et du rêve.

 

 

 

 

Silvina Ocampo

Poèmes d'amour désespéré

Traduction de Silvia Supervielle

José Corti, 1997

 

 

 

 

 

Elegia de la arboleda derribada

 

 

Un ciclón ha destruído la arboleda.

En la fronda reluce la humareda

de lágrimas, de lirios en las brumas,

de hojas de otoño y nacaradas plumas.

El oscuro laurel de la glorieta

resplandece en la sombra, verde, quieta ;

y el canto de las aves, rumoroso,

penetra en el follaje, fervoroso.

¡ Cruel firmamento, desagradecido

por qué no queda el árbol imprimido,

muerto, en la infiel blandura del espacio

donde quedam la estatua y el palacio !

¡ Hermosa dicha ! Fuente de los días !

Generosos veneros de alegrías.

Hirieron los Euménides el alma

de esta arboleda que vivió en la calma.

En el sendero de oro entristecido

beso las altas ramas que han sufrido ;

miro las aves en el barro muertas,

las plumas rotas, las cabezas yertas.

Sobre la húmeda tierra delictuosa

se enlazan las granadas y la rosa

y tiembla la agonía de la hojas.

Sobre las últimas maderas rojas

de vuestros altos troncos yo he sentido

latir un corazón estremecido ;

que elevaba en las ramas un festón

tenebroso de pájaros, el dueño

de la naturaleza, del sueño.

 

 

 

Silvina Ocampo

SG