7 novembre 2015 6 07 /11 /novembre /2015 12:14

 

Ô père, ô frère, ô mère, ô morts, mes rameaux morts

Ô chemins terminés et brisés dans la nue,

Ô rameaux de mon arbre ! et sur ma cime nue

Vibre de tous ses nerfs, brille de tous ses ors

Un dernière feuille au dernier fil tenue.

 

À l'averse glacée, au grand vent survenu

Sous la cendre et le glas où novembre s'éplore

Contre les tourbillons du gouffre qui dévore

Elle maintient sa vie et son esquif ténu

Et sa tendre couleur de fleur qui vient d'éclore.

 

Puis soudain, ah !...

                               non rien...

                                                Dans le muet décor

Je ne vois d'elle que la place qu'elle a eue

Ô père, ô frère, ô mère, ô morts, ô mes morts,

Ô mes premiers pas étonnés dans l'avenue,

D'elle je ne vois plus que ciel et ciel encor !

 

                                                                      1961.

 

 

 

Lanza del Vasto

Le chiffre des choses

Denoël, 1972

SG