9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 16:34

 

Frère des animaux et des arbres innocents

c'est au poète d'annoncer le nouvel espoir

et la beauté rendus à l'en-marche des hommes.

 

L'homme qui aime a des rayons qui le relient

au feu, au fleuve, au roc et à l’azur du ciel.

L'époque féroce et sensuelle s'avance vers moi

pour me dire : ton atelier va à la défaite.
 

Libre à vous d'écouter mon histoire sans y croire

J’ai été partout : un soir j'ai tué mes huîtres

pour payer avec des perles les dettes du Sud.

J'ai connu au Nord le goût amer de la vie.
J'ai vu l'Ouest brûler en moi ses meilleurs vaisseaux

tandis que l'Est enfonçait ses griffes dans ma gorge.

 

Partout ma charrue a été mise à l'épreuve.

Où aller maintenant ? Où porter mes outils ?
Une fois de plus, blessé de ce qui manque au monde,

gavé de soleil à travers mes soirs de pluie,

je me laisse pousser dans le tronc du mimosa

qui sert de bateau à la dérive de mes poèmes.

 

 

Lézignan-Corbières

14/8/87

 

 

René Depestre

L’Atelier Imaginaire

Poésie 1990

L’Âge d’Homme

SG