4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 06:57

 

L'arbre

je l'aime ému de feuilles ici et là qui bougent,

criblé de pluie, trempé, dépenaillé

 

J'aime qu'il s'entoure de ses formes passées :

     noir et nu, griffonné, splendide

 ̶  si tendre pubescent (et sans ordre ô Chronos)

     automnal

 

Plus que de raison j'aime l'arbre à l'automne :

    fauve, feu, chaudronnant

    cuivre et pourpre  ̶  éploré

    bronzant de toutes ses mains mobiles

    roussi, brûlé, brûlant ses vaisseaux

 

J'aime qu'un oiseau le traverse

 

L'arbre est un traître

Aimez-le comme un frère

Il vous préfère la saison successive

    toujours à célébrer des épousailles

    selon le rite de chacune

 

Si tendrement nés de la rugosité

                                                     les bourgeons !

 

Un déploiement d'ombelles, d'embryons, d'ombrelles

    un dépliement de membres et membranes de

    toutes consistances, de toutes les nuances

    modulant déclinant sur tous les tons le vert

 

 

 

 

Louise Herlin

L'amour exact

La Différence, 1990

SG