8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 18:29

 

Un arbre vaincu par la cognée,

Mordu par la scie et le rabot.

L’arbre avait encore assez de sève,

De moelle, de pulpe et de mémoire

Pour sentir gonfler ce noir printemps.

 

Ah ! plus de racine et plus de branche,

Ni bourgeon futur dans les entrailles,

Mais l’arbre, enfoncé sans pied ni tête,

Debout dans le sol et bras ouverts,

L’arbre avait encore assez de fibre

Pour sentir ces clous qu’on lui plantait,

Pour sentir brûler cette sueur,

Pour sentir saigner cette agonie,

Ô saigner comme un fleuve infini,

L’arbre avait encore assez de cœur

Et l’arbre sentit mourir Jésus.

 

Non ! ce n’est pas vrai, ce n’est pas vrai,

On dit ça pour faire poétique,

Mais l’arbre n’eut pas un tremblement.

Heureux de dormir dans son néant,

Le sang, l’agonie, il s’en fichait.

Le poteau n’eut pas un seul frisson.

Il régnait un calme universel

Et Jésus mourut sur du bois mort.

 

 

 

Norge

Poésies 1923-1988

Gallimard, 1990

 

SG