2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 08:04

 

Jusqu'à circonvenir les bas-fonds du ciel,

jusqu'à désavouer son ombre d'un seul jet,

jusqu'à s'évanouir dans sa verticale

insurgé.

 

La terre l'a repu de trop vagues saisons.

Banni des seigneuries d'oiseaux il a refuge

dans le vent pourvoyeur de ses vastes secrets.

 

Insurgé

mais sujet de sa droiture,

il rebâtit l'été hors des flancs de la pierre.

 

Glaive peut-être

mais sans droit de justice,

dague peut-être

mais sans l'appui d'un meurtre,

peut-être clou

mais pour quel assemblage ?

 

Peut-être rien

sinon l'ultime élan

d'un amour forcené que son néant devance.

L'aigle le croise

et tant de fixité

ronge en son cœur

le haut vol du rapace.

 

Cyprès natif d'un feu

sans autre incandescence

que cette verticale,

où caches-tu les feux

de ta fuite présente ?

 

Voici la nôtre

mais non comme une offrande,

voici la nôtre

comme un peu de la tienne.

 

Nous n'avons pu l'alléger à ce jour

de son pesant d'exil

et nous errons, cyprès, aux alentours

dévorants de ta verticale.

 

Bannis des seigneuries de nos oiseaux d'enfance

nous t'approchons, cyprès,

pour nous évanouir avec toi dans l'éclat

très pur de ton refus,

avec toi tourmenter les bas-fonds du ciel.

 

Tu fus, cyprès,

de toutes nos étreintes.

 

 

 

 

Paul Chaulot

Poèmes (1948-1969)

Éditions de la revue Noah, 1983

SG